11 août 2022

#Geneatheme de mars : l’année 1832 à la Réunion

L’ordonnance du roi du 12 juillet 1832 marque un tournant dans l’histoire de l’île de la Réunion et un pas de plus vers l’abolition de l’esclavage de 1848.

À partir de cette date, la déclaration d’affranchissement se fait auprès d’un officier de l’état civil dans un registre spécial avant de paraître dans les registres d’état civil et dans le Bulletin officiel de l’île Bourbon. Il s’agit d’un allègement significatif de la procédure d’affranchissement des esclaves.

L’affranchi se voit attribuer un patronyme et se fait remettre un acte d’affranchissement qui lui permettra de prouver sa naissance et son existence en tant qu’individu à part entière auprès des institutions. Il n’est plus la propriété de son maître.

Les Archives départementales de la Réunion conservent 4 registres qui couvrent la période du 4 mars 1833 au 6 septembre 1848.

Extrait d’un registre spécial 1832 de Saint-Benoit. Source : AD Réunion, EDEPOT6/208 .
Registre tenu par Lejeune. ( 07/03/1833-29/10/1836 )

Je ne prétends pas du tout faire une étude de ces affranchissements intervenus au cours de cette période pré-abolition mais je souhaite juste vous faire découvrir ces registres particuliers qui ont été numérisés et mis en ligne il y a quelques années par les Archives Départementales de la Réunion. Les rendre disponibles, à la vue de tous, est une démarche importante qui contribue à la connaissance générale de l’histoire de l’île.

Accéder aux registres d’affranchissement de 1832 et registres spéciaux de 1848.

La première impression qui se dégage de la lecture de ces registres, c’est qu’un affranchissement doit avant tout se mériter.

Extrait de l’affranchissement de Victorine.

Motif de l’affranchissement de Victorine, couturière :

1° que le déclarant ayant été régisseur pendant 10 ans chez le sieur BRUSAC habitant de ce quartier, il avait reconnu en la dite Victorine tant de bonnes qualités de probité qu’il lui confiait les clefs du magasin en son absence, et qu’il n’a eu que des éloges à donner à sa bonne conduite.

Plus loin, on apprend que le propriétaire lui octroie une terre sur laquelle se trouve un bâti (un pavillon), un esclave « à la pioche » et la somme de 100 piastres. À noter qu’il était impératif de donner aux nouveaux affranchis des moyens de subsistance pour éviter qu’ils ne deviennent une « charge » pour la société. Nombre d’affranchis deviennent propriétaires d’esclaves.

Autre exemple d’une esclave méritante :

Extrait de l’affranchissement de Marianne.

1° Les bons soins et les bons services qu’elle a rendus tant à la déclarante qu’à sa mère. 2° que la dite Marianne est un excellent sujet, d’une conduite irréprochable. Que voulant être reconnaissante des soins affectueux qu’elle a lui a portés dans son enfance jusqu’à ce jour, elle demande son affranchissement.

On découvre parfois des maîtres un peu trop… possessifs. Voici qu’on peut lire dans la déclaration d’affranchissement de Marie Louise, couturière, laveuse et repasseuse de Saint-Benoît.

Extrait de l’affranchissement de Marie Louise.

Les motifs d’affranchissement sont : la bonne conduite de cette négresse et les bons soins qu’elle a portés à son maître pendant la longue et dangereuse maladie qu’il a faite ne voulant pas d’ailleurs qu’elle serve d’autre personne que lui.

Enfin une autre justification de l’affranchissement, imparable celle-ci, est le lien de parenté entre le maître et ses esclaves.

Extrait de l’affranchissement de Marie Augustine et de ses 3 enfants Lisette, Joseph Amédé et Marie Jacqueline à Saint-Benoît.

Les motifs d’affranchissement sont : que cette négresse étant la possession du requérant depuis plus de 10 ans, les trois enfants sont nés de ses oeuvres, pourquoi il s’oblige aussitôt l’affranchissement prononcé, d’épouser légitimement la dite Marie Augustine et de reconnaître ses trois enfants comme étant les siens propres […]

Quid de mes ancêtres affranchis avant l’abolition ?

Hélas seuls quatre registres ont été conservés et ils ne concernent que les villes de Saint-Denis et de Saint-Benoît. La déclaration d’affranchissement de mes sosas réalisée en vertu de l’ordonnance de 1832 devait très probablement se trouver dans les registres de la ville de Saint-Louis.

Il restera néanmoins une trace historique dans le registre de l’état civil de l’année 1834.

Extrait de l’affranchissement de Julienne (Sosa 32), créole âgée de 40 ans et de son fils Prudent âgé de 21 ans, charpentier.
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2 réflexions sur « #Geneatheme de mars : l’année 1832 à la Réunion »

  1. On comprend combien 1832 était une année importante. Les extraits que tu as choisis de nous présenter sont touchants. J’aime bien celui qui décide d’épouser Marie Augustine, n’aurait-il pas pu le faire plus tôt ?

    1. Merci Marie pour ton commentaire ! Difficile de connaître les véritables raisons qui poussent quelqu’un à affranchir un esclave à tel moment plutôt qu’un autre. En tout cas l’ordonnance de 1832 a allégé les formalités, c’en est une probablement car cet affranchissement est intervenu peu de temps après. Pourquoi pas aussi des raisons financières qui sait ?

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