À propos

 

Que dire si ce n’est que je suis passionnée de généalogie et d’histoire, la grande mais aussi et surtout la petite. Je m’intéresse beaucoup à certaines familles paloises et ceci est d’autant plus surprenant que je ne suis installée dans la région que depuis quelques années. En effet, après avoir passé mes 20 premières années à la Réunion, j’ai pris l’avion (le gros) et après une escale de 8 ans à Montpellier, je me suis installée à Pau en 2009.

J’espère pouvoir vous faire profiter des quelques anecdotes familiales et d’histoires béarnaises croustillantes glanées ici et là, mais pas que béarnaises car comme tout réunionnais, j’ai aussi des ancêtres hauts en couleur qui mériteraient une petite place ici.

Je tiens depuis peu un blog de revues de lectures ici : https://encoreplusdelivres.com/

 

3 réponses »

  1. J’ai un petit texte à vous proposer et je n’ai pas d’url, donc je ne sais pas comment vous le faire parvenir. J’espère que je ne suis pas complètement à côté, parce que j’aime bien votre site et que j’ai pratiquement tout lu, ce sont de mes origines dont vous parlez.

    Et si on sortait ?

    Juin 1885. Le Tampon. Ile de la Réunion

    Louisa Lauret et Marie Dorothée Salvan, mon arrière-grandmère et mon arrière grand-tante.

    Marie Dorothée est en visite chez son frère Félix Joseph et sa belle-soeur Louisa. Elle habite Saint-Philippe, avec son tout petit dernier qu’elle a comme son fils, Guillaume, né en début d’année,
    elle l’a déclaré à son nom alors qu’elle est veuve depuis 6 ans.
    Louisa est enceinte de son deuxième, le premier porte les prénoms des père et grand-père.

    LOUISA. — Juin est une bonne époque pour mon état, mais je n’en suis qu’au début. Heureusement je suis bien aidée. Oncle Joseph et Tante Eulalie sont très présents. Et puis, je suis chez moi, j’ai grandi ici, on y est depuis toujours, mais qu’est-ce que tu es allée faire à Saint-Denis ?

    DOROTHÉE. — Je ne vais pas tout te raconter, pas maintenant, c’est fait, c’est mon gamin. Voilà. Le plus dur, comme tu dis, c’est d’être seule, et de se débrouiller. Encore que, je n’étais pas vraiment seule, mes sœurs Françoise et Augustine m’ont accompagnée un moment, ce n’est pas Joseph, ton mari, qui m’aurait soutenue. Ni les autres, ce n’est pas une affaire d’homme.

    LOUISA. — Allons, tu sais bien que tu peux toujours compter sur ton frère… Dis, et si tu me disais ton avis, j’ai bien envie que ce soit une fille, cette fois, mais j’ai un peu peur, quand même, on
    dit qu’il faut attendre la naissance pour les linges… et puis ma mère avait juste mon âge quand elle nous a quittés…

    DOROTHÉE. — Superstition, tu ne vas pas te laisser aller à croire n’importe quoi et te faire peur avec des pensées sans fondement, ta mère c’est ta mère, et toi, ce qu’il te faut, c’est de la tranquillité.

    La région est prospère, même si la canne est exploitée par de grosses entreprises, cette famille a suffisamment de biens et de ressources pour vivre à l’aise.

    LOUISA. — Dis-moi, toi qui as l’habitude, prendre le train jusqu’à Saint-Denis, tu crois qu’on peut ? On irait toutes les deux, j’ai bien envie d’aller voir là-bas, et puis tu connais déjà, d’autant que
    je peux encore bouger comme je veux…

    DOROTHÉE. — En voilà une idée, là-bas, c’est comme ici, et que va dire mon frère si je t’embarque comme ça pour Saint-Denis ? Il faudrait une raison, je n’ai pas si bonne influence, à ce qu’il dit, ça
    ne va pas s’arranger…

    LOUISA. — On pourrait… je ne sais pas… tiens, le marché des tissus, ou de la vaisselle, je sais bien qu’à Saint-Pierre, il paraît que c’est le meilleur, mais on pourrait aller voir…

    DOROTHÉE. — Bon, puisque tu insistes…, et puis Augustine a besoin de distraction, on pourrait faire une escapade ensemble. À toutes les trois. Tu pourrais même demander à Pélagie, ta belle-sœur, non ?

    LOUISA. — C’est une bonne idée, j’en meurs d’envie depuis qu’ils l’ont inauguré, ce train.

    Le ti train va de Saint-Louis à Saint-Denis, depuis 1882. Il y a ceux qui ont peur, et ceux qui veulent aller voir, découvrir, et Louisa, malgré les superstitions, la religion et son statut de femme convenable, Louisa rêve. C’est toute une expédition, le voyage à 28 km à l’heure. Son mari, Joseph Félix, est très pris par son travail et de fait, il a 18 ans de plus que sa femme, un déplacement
    de cette envergure doit répondre à une nécessité. Les femmes vont se charger de la nécessité et il sera convaincu.

    Elles vont donc partir toutes les quatre, Dorothée, Augustine,Louisa et Pélagie, à Saint-Pierre et là, prendre le train.

    Des quatre, il n’y a que Dorothée qui ait bougé un peu de ce coin tranquille qu’est La Ravine Blanche ou Le Tampon. Tout autour de Saint-Pierre, là où ils essayent de construire un port, là
    où l’air est plus chaud, le paysage plus exposé, Saint-Pierre, petite ville du Sud au bord de l’océan.
    Elles vont découvrir le trajet par les tunnels, avec le bruit et l’inconfort du chemin de fer, le trajet qui passe par des points de vue impressionnants, avec l’excitation d’une excursion exceptionnelle
    pour leurs quotidiens très féminins. Ce qui permettra à Louisa de suivre son mari facilement plus tard quand il devra s’installer dans d’autres quartiers, comme Saint-Benoît. Et de recommencer l’expérience, bien sûr, sans forcément aller jusqu’à Saint-Denis. Louisa a grandi au sein d’une famille importante de La Ravine Blanche, importante en personnes comme en possessions.
    Elle a le goût du confort, l’habitude d’une maison bien entretenue, bien servie, et des accessoires de qualité pour la vie de tous les jours, et là elle se retrouve dans un train lancé à grande vitesse, qui fait quelques haltes, s’arrête à différentes gares, ce qui augmente le temps de trajet, et comme elle est enceinte de quatre mois, elle a des dégoûts plus forts que d’habitude, elle ne supporte
    plus l’odeur de cuir neuf, et celle de la vanille !!! Difficile de rester dans un wagon surpeuplé dans ces conditions.

    DOROTHÉE. — Qu’y-a-t-il ? Tu grimaces ? Je te croyais contente ?

    LOUISA. — Hmmm ? Comment dire ? Tu vois quoi… c’est que je ne supporte pas l’odeur de vanille…

    AUGUSTINE. — Non ? Là, c’est drôle, comment tu vas faire ?

    PÉLAGIE. — Ah, ça alors, je n’y avais pas songé.

    Et Augustine de commencer à rire, simplement, doucement, comme ça, parce qu’elle a 18 ans, que l’ambiance s’y prête, que les voisins de wagon les regardent, parce que le temps est au beau,
    que le paysage avec ses trente-six mille ponts est fantastique,
    Augustine rit. De plus en plus, en pouffant d’abord, et puis toutes les quatre s’y mettent, et c’est le fou rire. Ce qui n’arrange pas vraiment les petites affaires de Louisa mais leur laissera un souvenir
    joyeux.
    Ce ne sera pas une fille. Ce sera Théophane. Ses petits gars vont grandir au Tampon, c’est un peu plus tard qu’ils iront vers Saint-Benoît. Mais pas très longtemps, ils sont de retour au Tampon
    au moment de la peste.
    Et Louisa, qui rêvait de voyages, aura des descendants pleins d’imagination, pleins d’énergie pour aller aux quatre coins du monde, et la retrouver au détour d’une gare, avec un grand chapeau
    à larges bords, la robe claire et longue comme on faisait en ce temps-là, les cheveux sagement rassemblés en chignon sur la nuque, les mains fines et longues comme les filles de la famille, de
    la dentelle sur les manches de sa robe.

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