Familles réunionnaises

#RDVAncestral Emmanuel

Le 3ème samedi du mois, Guillaume Chaix @grenierancetres nous invite à prendre place dans une capsule temporelle et à partir à la rencontre de l’un de nos ancêtres pour capturer un instant de sa vie. Ce voyage dans le temps est basé sur des faits historiques mais laisse nécessairement une part importante à l’imagination. Toute ressemblance avec des personnes et des situations ayant existé est donc purement volontaire ! Retrouvez les articles publiés par les blogueurs du #rdvancestral ici : http://rdvancestral.com/

Magasins_de_la_Compagnie_des_Indes_à_Pondichéry

Pondichéry, XVIIIe siècle. Vue des magasins de la Compagnie des Indes, de l’amirauté et de la maison du Gouverneur (Lorient, musée de la Compagnie des Indes). Cette vision, fantaisiste, est destinée à rassurer les investisseurs.

Comptoir français de Pondichéry, 1678. Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec Emmanuel, l’homme providentiel.

Sous un ciel orange vif, Emmanuel TECHER passe en revue les 14 femmes qu’il a choisies pour embarquer avec lui sur le navire « Le Rossignol » à destination de l’île Bourbon. Il ne semble prêter aucune attention à ma présence pour l’instant.

Il s’inquiète surtout de la santé de ces femmes et de ces jeunes filles. J’oubliais c’est vrai, Emmanuel TECHER est ce que l’on appelle un maître chirurgien et il semble mener là sur le port une véritable inspection sanitaire.

Je l’interromps cependant pour m’enquérir de l’âge des filles dont certaines me paraissent âgées de 6 ou 7 ans. D’un geste las, il me répond :

– Peu importe ! D’ici quelques temps, elles seront en âge de se marier elles aussi !

À n’en pas douter, si Dieu existe, il est avec Emmanuel. L’homme sera accueilli comme un roi à son retour des Indes. Son projet ? Celui de marier ces 14 jeunes indiennes et indo-portugaises aux colons déjà installés sur l’île Bourbon. Autant vous dire qu’il est attendu comme le Messie et il en a bien conscience. Il se doit d’être le plus scrupuleux qui soit.

Non sans fierté, Emmanuel me présente donc les 14 élues :

Francoise DOS ROSARIOS, Dominique ROSARIOS, Domingue ROSARIOS, Catherine Mise PEREIRA, Monique PEREIRA, Andrée TEXEIRA, Marguerite TEXEIRA, Ignace TEXEIRA, Thérèse HEROS, Catherine HEROS, Geneviève MILA, Félicie VINCENTE, Sabine RABELLE, Louise FONSEQUE

Voilà donc qui devrait en partie expliquer la présence de populations asiatiques dans mes résultats de test ADN.

adn_genea

Emmanuel semble captivé par les explications que je lui bredouille au sujet de ces recherches d’ADN.

– ADN ? Drôle de mot ! En tout cas, moi je suis peut-être né en Inde, mais sache que mes parents sont portugais, de Porto plus précisément. Tu devrais peut-être aller chercher là-bas tes racines, me lance-t-il.

– Oui mais j’ai quelques autres priorités avant Porto, lui dis-je timidement.

Il s’étonne que lui ET toutes les filles auxquelles il fait face aujourd’hui se trouvent être mes ancêtres.

– Tes 14 grands-mères, te rends-tu compte ?! Et moi ton ancêtre, c’est encore plus drôle ! On ne se ressemble en rien !

– Les 3 femmes TEXEIRA sont-elles de ta famille ?

Il sourit sans un mot. Lui non plus ne m’aidera pas à y voir plus clair. Manuel TEXEIRA DA MOTTA dit Emmanuel TECHER, Indo-portugais né à Pondichéry vers 1666, a-t-il ramené avec lui  ses sœurs ? ses cousines peut-être ? Combien sont-ils en tout dans cette famille installée en Inde ?

Toutes ces informations non sourcées qui circulent sur Internet sont-elles fiables ? Comme une malédiction, les registres de Pondichéry mis en ligne sur le site des ANOM débutent en 1676, soit 10 ans trop tard déjà. Quand ça ne veut pas…

Il rit de bon cœur. Je ris avec lui. J’aime bien Emmanuel au fond. Et je suis certaine que dans la colonie à l’époque, tout le monde l’aimait bien. Sauf le gouverneur Antoine BOUCHER bien sûr, mais personne n’a jamais vraiment trouvé grâce à ses yeux, ou si peu…

– Que dit-il encore de toi cet Antoine BOUCHER ? Ha oui j’y suis :

« Est un Portugais des Indes, mulâtre, âgé de 43 ans, glorieux et fainéant, comme le sont ordinairement tous les Portugais. Il a cependant eu assez bonne éducation. Il sait lire, et écrire, et ne dessine pas mal. Il sait même quelque chose du latin, et se mêle un peu de la chirurgie, et de la médecine, qu’il se persuade savoir à fond. La vérité est qu’il ne saigne pas mal, mais c’est ce qu’il sait de mieux ; il est assez bon menuisier, et charpentier, point ivrogne, et fort dévot; mais avec cela d’une avarice, qui approche de la juifrerie, et grand diseur de pas grand chose, faisant le bon discoureur »

Il continue de rire aux éclats. « Grand diseur de pas grand chose ?  » Il rit de plus belle. Il se fiche éperdument du Gouverneur, comme beaucoup dans la colonie d’ailleurs.

Nous rions et nous rions encore…

– Je te remercie du plus profond de mon cœur Emmanuel, pour ta bonne humeur et… pour la diversité. À bientôt, je saurai te retrouver, tu as encore tant à m’apprendre…

Sources :

« Mémoire pour service à la connoissance particulière de chacun des habitans de l’Isle de Bourbon » par Antoine BOUCHER, suivi des Notes du Père BARASSIN, collection Mascarin, 1989.

http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/

http://www.indeenfrance.com/reunion.php/2009/11/25/l-arrivee-des-premieres-indiennes-sur-l-ile-bourbon

https://aventuresgenealogiques.wordpress.com/

 

7 réponses »

  1. Ces bateaux me transportent à Pondichéry où je retournerai avec plaisir. Et là je penserais très fort à tes récits extraordinaires que l’on ne peut comprendre que grâce à ta généalogie si bien racontée.

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  2. Non, pas de « Native American » chez moi. Mais je n’ai pas testé chez avec la même entreprise. Ce qui veut dire que la population de référence et la méthode d’estimation sont différentes. Quand même content d’avoir une lointaine cousine Squaw. 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Tu aurais dû saluer Emmanuel Texeira de ma part. Qui sait j’irai peut-être lui rendre visite. 🙂
    Je ne connaissais pas cette illustration représentant Pondichéry, et j’ai été frappée de la ressemblance avec ce que j’ai vu lors de mon passage là-bas en 2015. Bien sûr tous les bâtiments ne sont pas encore debout …
    Antoine Boucher utilise le terme « mulâtre », ce qui à l’époque signifiait qu’il était né d’un parent blanc (très probablement son père puisqu’il porte un nom portugais) et d’un parent noir. Sa mère était donc peut-être indienne. Malheureusement cela sera difficile de savoir.
    Intéressant le résultat des test ADN, avec quelques surprises quand même: NorthEast Asian et Native American. 🙂 Je parlerais des miens dans un prochain billet.

    Aimé par 2 people

    • Il semble que la mère d’Emmanuel soit une nommée Catherine Douair…mais alors pour son origine ? Le nom a dû être francisé. Je ne me remets toujours pas du « Native Américan »…tu as ça aussi dans tes résultats ?

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