#ChallengeAZ Les plumes de la Grande Guerre : E comme Éon

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Aujourd’hui nous allons nous intéresser au destin de trois frères natifs de la commune de Fontenay-le-Compte en Vendée : Francis, Gabriel et André-Marie Éon, écrivains, essayistes et poètes. Tous les trois ont participé à la Première Guerre mondiale, mais seul Francis aura survécu.

Fontenay-le-Compte est une commune déjà connue pour avoir vu naître François Rabelais à la fin du XVe siècle.

Francis Marie Alexandre est né le 17 juillet 1879,  Gabriel Marie Clément le 19 novembre 1883 et André-Marie Louis le 19 juillet 1889. Ils sont les fils de François Marie Éon, avoué, et de Marie Amélie Clémence Brun-Puirajoux, sans profession. Ils ont une soeur Marie née en 1887.

Toute la famille réside rue de la République à Fontenay-le-Comte.

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Photo ancienne de Fontenay-le-Compte, rue de la République. Source : http://www.actuacity.com/fontenay-le-comte_85200/

La famille Éon dans le recensement de Fontenay-le-Compte en 1891.

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Extrait de la liste nominative de Fontenay-le-Comte de 1891, 69 rue de la République. Source : Archives Départementales de Vendée, côte : 6M155, vue 112/143

 

Francis Éon (1879-1949)

En 1899, Francis est encore étudiant en droit lorsqu’il décide de s’engager au 137e Régiment d’Infanterie pour une durée de trois ans. Il est fait caporal en septembre 1900 puis sergent en mai 1901. Le certificat de bonne conduite lui est accordé. Il accomplira encore deux périodes d’exercices en 1905 et 1909 toujours dans le 137e RI.

Au cours de l’été 1907, il épouse à Charzais (Vendée) une jeune fille de 20 ans, Marie Jeanie Clarisse Rousseau dont le père est décédé et dont la mère est institutrice publique. Francis exerce alors la profession d’avocat. Par ce mariage, le couple légitime un enfant né quelques mois plus tôt. Il s’agit d’une petite fille prénommée Anne Marie Jeanne et née le 22 avril 1907 à Niort (Deux-Sèvres).

En vertu du décret du 1er août 1914 qui appelle à la mobilisation générale, Francis est rappelé à l’activité. Au cours de la campagne de guerre contre l’Allemagne, il passe par le 84e RI, le 15e RI comme instructeur et le 103e RI. Il est nommé adjudant, puis sous-lieutenant.

Francis s’est particulièrement distingué lors des combats menés à la gare de Tournai qui était alors occupée par les allemands. Il a su faire preuve de courage et d’intelligence et se voit décerner la croix de guerre étoile de bronze.

Francis_EON
Portrait de Francis Éon. Source : Archives de Vendée, collecte 14-18, prêt Durand, 2013, Côte : 1 Num 1/182-1. Vue 20/42.

À la fin de la guerre, Francis Éon se retire à Alençon (Orne), on le retrouve quelques années plus tard à Angers (1925) puis à Poitiers (1927).

Sa carrière littéraire débutera réellement après la guerre, il collabore ainsi à différentes revues dont Le Divan, Marges, Points et Contrepoints. Ses écrits les plus connus sont : La promeneuse, Trois années (1906), La vie continue (1919), Suite et Perséphone (1933).

Au rythme des canons cabrés chantant la mort,

Je t’ai mené jusqu’aux lisières d’Ecurie

Et dans les plis ocreux d’un sinistre vallon

Où par delà l’hiver nous teint le printemps terne,

Tandis que de l’Artois aux pentes d’Hébuterne

Mouraient Jean-Marc Bernard et Gabriel Éon

Ta muse bien souvent vers mon front s’est penchée

Compagne d’une veille ardente et sans soutien

Sinon le haut conseil de l’Amour, et le tien,

Ô poète qui me gardait à la tranchée.

Francis Éon, La vie continue (1919).

 

Gabriel Éon (1883-1915)

Scolarisé au collège de Fontenay-le-Comte, Gabriel Éon est un élève brillant et fini régulièrement premier en composition française, en géographie et en histoire.

Quelques années plus tard, on lui accorde une dispense militaire le temps d’effectuer ses études de droit. Rappelé à l’activité en octobre 1905, il se voit réformé pour cause de « bronchite avec imminence ». Il finit par réintégrer les effectifs du 137e RI en 1907 et accomplira plusieurs périodes d’exercices jusqu’en 1913.

Un an plus tard, il est rappelé pour mener la guerre contre l’Allemagne. Il mènera campagne pendant un an avant d’être tué au cours de la bataille d’Hébuterne le 10 juin 1915.

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Cité à l’ordre de l’Armée le 26 août 1915, il sera précisé à son propos :  « A fait preuve de sang-froid dans la conduite de ses hommes au feu, les a encouragés alors qu’il était mortellement atteint par un obus ». Source : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6351556q.image.r=EON.f5.hl

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Il est à noter que Gabriel Éon était membre de l’Action Française avant son engagement dans la guerre et qu’à sa mort, Charles Maurras publia un extrait d’une lettre-testament :

Au moment où je pars pour l’attaque, c’est-à-dire vraisemblablement pour la mort – car je sais comment je me battrai – un immense regret m’étreint de n’avoir fait plus pour l’A.F. Ah ! voyez-vous, avant cette guerre, nous ne savions pas encore à quel point nous avions raison.

Il est mort entre les bras de l’aumônier et n’a prononcé qu’un mot : Pour la France.

 

André-Marie Éon (1889-1918)

André-Marie, le frère cadet des Éon, est lui aussi étudiant en droit lorsqu’il est appelé à faire son service militaire. Il obtient un sursis en 1910 mais qui ne sera pas renouvelé en 1911. Il intègre donc  le 114e RI en octobre de la même année et sera fait caporal en 1912.

Mobilisé le 3 août 1914, il est classé aux services auxiliaires par la commission de Réforme de Parthenay en 1915 pour cause d’otite.

Il passe ensuite au 46e RI puis sera détaché comme commis greffier en 1917. Il passe ensuite sergent mais attrape la grippe à l’hôpital complémentaire. Il décède le 23 octobre 1918 à Troyes, à l’âge de 29 ans.

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Hôpital de guerre à Troyes. Source : https://www.ville-troyes.fr

André-Marie est également cité à l’ordre : « Sous officier zélé et courageux toujours empressé à se rendre aux lignes pour les enquêtes et obligations, a montré une froide bravoure le 4 juin 1918 en exerçant scrupuleusement ses fonctions de greffier pendant un violent tir de destruction de l’artillerie ennemie et l’attaque allemande qui a suivi. »

Il est décoré de la croix de guerre et de l’étoile de bronze.

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Tu croyais que l’orgueil avait quitté ton cœur

Et tu voulais encore entendre leur Parole…

Mon Dieu, souvenez-vous de ma prière folle !

— libère-toi, libère toi ! ce bruit menteur :

C’était le mal ! Tu voulais aimer le soleil

On te parlait : il est des heures consolantes…

Ils pensaient  t’endormir de leur mauvais sommeil

Ah ! la musique de leurs mots, si caressante !

Mais aujourd’hui tu ne veux plus fuir ton orgueil.

Tu contemples, esclave et vainqueur, ton Harmonie ;

Et si la Vérité vient de franchir ton seuil,

Tu sais que c’est la belle et grande, l’Infinie.

André-Marie Éon. Poème paru dans la revue le Divan (1911)

 

Sources :

http://www.archives.vendee.fr/

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

http://hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com/

https://gallica.bnf.fr/

Bibliographie :

Histoire de la poésie française – La poésie du XXe siècle 1 Tradition et évolution de Robert Sabatier

 

 

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