Familles réunionnaises

L’inattendu #sosa666

– Et moi et moi et moi ? hurle Jean BOYER. Ma vie n’est pas assez romanesque pour en faire un billet peut-être ?

Je ne l’ai pas vu venir mon Sosa #666. Pas du tout même. Lorsque j’arrive enfin à le raccrocher, telle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’il s’agit de Jean BOYER, l’amant de Louise COLLIN et donc le rival du « monstre » Jacques PICARD.

Un tout petit monde.

Il est né le 26 septembre 1686, Jean BOYER. À Sainte-Suzanne, au nord-est de l’île Bourbon. Fils de Guillaume BOYER, soldat de la Compagnie des Indes Orientales originaire de Saint-Léger (Charentes Maritimes) et de Geneviève Laurence MILA, indo-portugaise.

Il est métissé Jean BOYER. « Mulâtre » disait-on à l’époque.

Il n’a pas de métier Jean BOYER. Non vraiment pas de métier. On le dit paresseux, joueur, ivrogne, jureur, menteur. C’est ce qu’on dit.

Il est l’amant de Louise COLLIN, Jean BOYER. Il lui aurait fait deux enfants. C’est ce qu’on dit aussi.

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À 25 ans, on le trouve encore chez son beau-père, Jean BOYER. Son beau-père ? François DUHAMEL, soldat de la Compagnie, normand, « débris de Madagascar ». Un homme bon et laborieux que la mère de Jean a épousé en secondes noces.

Il vit là Jean BOYER. À Sainte-Suzanne. Et il y a toute la famille : le beau-père François DUMAHEL, la mère Geneviève MILA épouse DUHAMEL et puis 2 autres fils de Geneviève accompagnés de leurs femmes :

  • Nicolas BOYER, le frère ainé et époux de Marguerite ROBERT
  • Pierre BOYER, le frère cadet qui vit « en concubinage notoire » avec Marie ROYER dont l’époux est quelque part aux galères… ou mort. On ne sait pas trop.

Une véritable communauté familiale qui possède un grand terrain à Sainte-Suzanne, 35 boeufs, 25 cochons, 4 chevaux.  Un esclave aussi…

Il a une femme Jean BOYER. Elle s’appelle Louise DAMOUR et il ne l’aime pas d’amour, ça non.

Toute une histoire.

Début 1708, Jean BOYER séduit Louise DAMOUR alors âgée de 19 ans. De cette relation naît rapidement François DAMOUR en septembre de la même année.

Mais les parents de Louise portent plainte. Ces deux jeunes gens ne sont pas mariés et ils devraient l’être. Jean est donc  arrêté et condamné le 2 novembre 1708 à épouser Louise.

Le lendemain, le 3 novembre 1708 donc, il s’évade de la prison où on l’avait enfermé. Une vraie passoire, demandez donc à Jacques PICARD.

Jean est vite rattrapé et il n’a plus d’autre choix que d’épouser Louise. Bon gré mal gré, la bénédiction nuptiale est administrée le 5 février 1709.

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L’an de grâce mil sept cent neuf le cinquiesme jour de février après sentence rendue le second jour de novembre 1708, par M[onsieur] de Villers et son Conseil contre le nommé Jean Boyé, atteint et convaincu d’avoir abusé de la nommée Louise Damour, fille mineur de Georges et de Marie Toute, ses père et mère, après que laditte Louise a accouchée d’un fils qui a esté nommé François et que ledit Jean Boyé a reconu ce jour estre a luy. Ce jour après avoir interrogé ledit Jean Boyé et laditte Louise Damour par paroles des présents et m’avoir donné leur consentement mutuel, je les ay solennellement mariéz et leur ay doné la bénédiction nuptiale en présence de M[onsieur]Jean Baptiste de Villers, Gouverneur pour le Roy et la Royalle Compagnie de France, de M[onsieur] Anthoine Boucher, fiscal et garde magazins de lad[ite] Compagnie, de M[essieurs] P.F. Descasaux, Guy Dumesnil, Joseph de Guigné, Victor Riverain, François Grondein qui signent, de Georges damour, père de lad[ite] Louise et Margueritte Dailleau et plusieurs autres qui ne signent. Ainsi signé à l’original de Villers, Boucher, Guy Dumesnil, P.F. Descasaux, Joseph de Guigné, Riverain, François Grondein, de St Germain Robin prêtre curé.

La crème de la colonie est présente pour s’assurer que le mariage se déroule bien.

Mais la bénédiction de cette union n’a pas fonctionné longtemps. De l’avis général, Jean et Louise font « mauvais ménage ».

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Aussi, dès que de VILLERS et BOUCHER quittent l’île Bourbon en septembre 1709, les époux se séparent.

Louise s’installe alors avec Julien ROBERT, 22 ans, fils de Julien, soldat de la Compagnie, et de Perrine CAMPELLE.

Le mariage de Jean BOYER et de Louise DAMOUR est annulé le 23 janvier 1715 par RENOU, préfet apostolique. En mars 1715, Louise épouse alors Julien ROBERT qui légitime 3 enfants : Julien, Marie mais aussi François que Jean BOYER avait pourtant reconnu comme sien précédemment.

Toute une histoire je vous l’avais dit.

Et Jean BOYER me direz-vous ? Hé bien, il épouse une certaine Geneviève VIDOT en mars 1715 aussi avec qui il aura 10 enfants.

Tout est bien qui finit bien ?

Tout au long de sa vie, Jean BOYER aura été le fils de, le beau-fils de, l’amant de, le mari de. Il est beaucoup de choses et il a mauvaise réputation dans la colonie. Mais en fait qui est-il vraiment ? C’est toujours un peu la question que l’on se pose après avoir mis de l’ordre dans les noms, les dates et les témoignages.

QUI EST-IL ?

Il est mon Sosa 666, celui que j’ai peut-être négligé dans mon précédent article et qui s’est rappelé à moi cette semaine.

Il est Jean BOYER tout simplement et mérite définitivement sa place dans mon arbre et dans l’histoire familiale.

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