Thomas COMPTON, le pirate charpentier (suite)

Rappelez-vous, nous nous sommes quittés la dernière fois sur l’hypothèse selon laquelle notre pirate Thomas COMPTON est né à Londres en 1698 de Thomas COMPTON et de Mary PAYNE ou PAINE.

L’acte de mariage des parents, bien que sommaire, nous a appris que son père exerçait  la profession de charpentier de marine à Limehouse et que sa mère était veuve à son mariage.

 

Que s’est-il passé depuis ?

D’abord, il y a eu le salon Rootstech qui s’est déroulé pour la première fois à Londres du 21 au 23 octobre 2019 et auquel j’ai eu la chance d’assister. L’occasion rêvée de découvrir un grand salon international de généalogie et de partir en même temps sur les traces de mes ancêtres londoniens.

J’avais entrepris depuis quelques mois des recherches sur Thomas COMPTON et juste avant le grand départ, j’ai pu faire quelques repérages afin de bien cibler les lieux à visiter et accessoirement éviter de me perdre dans les méandres de la ville.

Le lendemain de mon arrivée à Londres, je me rends donc à l’église St Dunstan All Saints située à Stepney dans le district de Tower Hamlets à l’est de Londres. C’est effectivement là où ont été célébrés le baptême de Thomas COMPTON un certain 2 octobre 1698 et le mariage de ses parents deux ans plus tôt.

Dans les premières heures du matin et après avoir marché plusieurs minutes depuis la station de métro Stepney Green, je pénètre enfin dans l’enceinte d’une église millénaire et découvre un site d’une magie incroyable ! Je ne suis pas sûre que les photos rendent bien comptent de la mysticité qui entoure les lieux. Mais vous pouvez me croire sur parole ou mieux, vous pouvez vous y rendre vous-même si vous en avez l’occasion !

L’idéal est d’y aller au petit matin.

 

On trouve dans le parc plusieurs tombeaux.

 

L’intérieur des églises anglicanes est habituellement plus sobre que celui des églises catholiques, celle de St Dunstan ne déroge pas à la règle. Un dépouillement qui me plaît beaucoup. Les fonts baptismaux occupent une place centrale à l’entrée.

20191022_105316

 

Sur la gauche, une croix en bois toute simple couverte de post-it attire immédiatement mon attention. Je décide d’y laisser un petit mot (maladroit).

On ne sait jamais.

 

Encore quelques photos prises de l’intérieur :

 

Une heure plus tard, je quitte l’église pour me diriger vers le quartier londonien où ont vécu les COMPTON il y a plus de 300 ans :  Ropemakers Fields à Limehouse.

En route, je tombe sur un très vieux cimetière. Je ne peux m’empêcher d’inspecter chaque tombe (vous savez ce que c’est), mais les inscriptions sont illisibles pour la plupart.

 

À quelques encablures de là, je finis par trouver Ropemakers Fields, c’est aujourd’hui un parc et j’avoue que rien n’aurait pu me tenir plus éloignée du 17e siècle londonien…

 

Je sors donc rapidement du parc et poursuis ma route vers la marina qui va me saisir par son calme matinal, je dirais même sa torpeur.

 

J’ai du mal à imaginer ce qu’était Limehouse à l’époque, il devait être bouillonnant certainement. C’est en ces lieux qu’étaient construits les bateaux de la marine marchande, une activité alors en plein essor. En ce temps-là, le secteur maritime faisait travailler des centaines voire des milliers de londoniens.

Thomas COMPTON père, charpentier de marine, était l’un d’entre eux, un des rouages essentiels de l’économie londonienne.

1703_Parish_Stepney
Carte de Limehouse, 1703. Source : https://collage.cityoflondon.gov.uk/
1751_Limehouse
Vue de Limehouse un peu plus tard vers 1751. Source : https://collage.cityoflondon.gov.uk/
1825_Chantier_naval
Représentation très intéressante d’un chantier naval à Limehouse datant de 1825. Source : British Museum

 

Retour en 2019. What’s next ?

Quelques jours après ce voyage enchanteur à Limehouse, me voilà à Rootstech.

20191026_085229.jpg

 

J’ai vécu trois journées de conférences toutes plus intéressantes les unes que les autres. J’ai dû faire des choix difficiles parmi elles, mais j’ai privilégié dans la mesure du possible celles qui pourraient m’aider à débloquer ou approfondir des branches anglaises et écossaises de mon arbre.

La présentation de James RUSSEL d’Ancestry intitulée Capital history : getting started with London records fut l’une de celles-là.

James_Russel

Dans un style plein d’humour (britannique comme il se doit), James RUSSEL nous présente assez simplement les grandes collections qui nous intéressent pour effectuer des recherches efficaces sur nos ancêtres londoniens. Des recherches sur Ancestry seulement, est-il besoin de le préciser ?

Je vous les mets 🙂

 

J’ai trouvé très pertinentes les conférences de Myko CLELLAND de Findmypast intitulées « Beyond the British Census » et « To have and to hold : Understanding British marriage records ».

Myko

 

En rentrant à l’hôtel, je me précipite sur les collections londoniennes désignées par les conférenciers et là, ô surprise divine, je finis par tomber sur le testament de Thomas COMPTON père. Répétons : LE TESTAMENT DE THOMAS COMPTON PERE.

 

Un testament (et toujours des questions)

Testament_short_img.png
Extrait du testament de Thomas COMPTON, 1701. 
Source citation : London Metropolitan Archives and Guildhall Library Manuscripts Section, Clerkenwell, London, England; Ref. N°: MS 9172/101; Will N°: 69  
Source information : Ancestry.com. London, England, Wills and Probate, 1507-1858

Transcription :
In the name of God Amen I Thomas Compton of
Limehouse in the county of Middlesex, shipwright,
being at this time in perfect health of body and of sound mind
and memory, praise be therefore given to almighty God I do make
and ordain this my present last will and testament in manner and form
following that is to say first and principally I command my soul into
the hands of allmighty God hoping through the merrits (merits) death of passion
of my saviour Jesus Christ to have full and free pardon and forgiveness
of all my sins and to inherrit (inherit) everlasting life and my body I commit to
the Earth or Sea to be decently buried as touching this disposition of
all such temporall (temporal) estate as it hath or shall please allmighty God to
bestow upon me I give and dispose thereof as followeth first I will
that all my debts and funerall (funeral) charges shall be paid and discharged
all the rest and residue of my wages, lands, tenemonts, goods,chatells

and estate whatsoever which I shall dye (die) possessed of or any wise ?
interested in or have or may have any right or title to by any ways or
means howsever I do give devise and bequeath unto my loving
wife Mary COMPTON and I do hereby nominate and appoint my
said wife Mary COMPTON my full and solo executrix and I do hereby
revoke all former wills and deeds of gift by me heretofore made
and I do ordain these presents to stand and before and as my last will

and testament in witness whereof I have here unto sett (set) my Hand and Seal
this twenty first day of November in the thirteenth year of the reign
of King William of England. Anno domini 1701.           Thomas COMPTON

Signed, sealed, published

and declared in the presence of

The mark of I? Hellens

The mark of Elizabeth PAINE

 

Le premier élément à noter est la date (erronée ?) du testament indiquée dans les résultats de recherche Ancestry qui mentionnent 1708 pour ce document. Ce n’est qu’après une lecture attentive et après être arrivée tout en bas de la page que je réalise qu’il a été établi en 1701, une information confortée par la précision historique « treizième année de règne du roi William » (1889-1702).

C’est peut-être anodin pour vous mais cette erreur d’Ancestry me « rassure ».

J’avais misé sur des baptêmes d’enfants COMPTON à St Botolph-without-Bishopsgate à partir de 1703-1704 et donc peut-être un déménagement au début du XVIIIe siècle.

Les trouver toujours à Limehouse en 1708 n’arrangeait donc pas mes affaires…

Il est difficile d’avoir des certitudes face à un acte de baptême COMPTON car le nom de jeune fille de la mère n’est généralement pas précisé, ce qui laisse toujours planer le doute. Les homonymes sont légion.

Voici un exemple parmi tant d’autres : John son of John ROBERTS & Mary.

C’est tout pour John ROBERTS et ça donne parfois envie de pleurer 🙂

On est par conséquent obligé de se fier aux indices distillés ici et là : le métier du père, le quartier d’habitation, la paroisse du registre, des recoupements avec les recensements quand ils existent ou encore des informations trouvées dans un testament…

Et justement en parlant de testament, qu’apprend-on dans celui-ci ?

Assez peu de choses finalement. Thomas COMPTON père désigne sa femme Mary comme seule exécutrice testamentaire. Un bien long texte pour n’en tirer qu’une seule information quasiment.

Le second élément que je note tout de même, c’est que Thomas COMPTON père signe.

Un autre détail dans les signatures m’a fait bondir à la lecture du document, c’est la présence d’un témoin nommé Elizabeth PAINE. PAINE comme Mary PAINE. Je commence à accumuler les indices qui tendent à prouver que les parents du pirate sont bien Thomas COMPTON et Mary PAINE ! 🙂

Un faisceau d’indices n’étant cependant pas encore une preuve irréfutable, un certain nombre de questions restent en suspens.

Quel lien relie Elizabeth PAINE à Thomas COMPTON ? Est-elle une sœur de sa femme Mary ? Une cousine ? La mère peut-être ?

Qui est ce fameux Hellens ? Helluns ? Un membre de la famille ? Un ami ? Est-ce important de le savoir ?

Dernière chose : un ou plusieurs testaments auraient été enregistrés précédemment puisque celui-ci les révoque. Est-il possible de les retrouver dans les archives ? J’ai eu beau cherché, je n’en ai pas trouvé d’autres en ligne. Existe-t-il quelque part un testament au nom de Mary COMPTON ? ou au nom de Mary PAYNE ? Ce serait une découverte inespérée !

L’entraide internationale

J’ai pris contact avec plusieurs personnes susceptibles de pouvoir m’aider, notamment avec une certaine Judith, généalogiste amateur de nationalité anglaise dont le mari pourrait bien avoir un lien avec les familles COMPTON et PAYNE.

Il faut avouer qu’elle n’a pas compté son temps pour les rechercher dans les archives locales. Elle a pu élaborer quelques hypothèses qu’elle m’a communiquées au fur et à mesure de ses trouvailles, je ne vais pas pouvoir toutes les publier car certaines ont été abandonnées depuis.

Elle est malgré tout arrivée à des conclusions que je peux vous livrer.

Les certificats anglais ne précisant pas la filiation, nous en sommes toujours au stade des hypothèses. Je le précise et j’insiste lourdement sur ce point 🙂

Selon Judith donc :

Thomas COMPTON père serait né le 10 avril 1664 à St Bololph, Aldgate, Londres. Ses parents seraient John COMPTON et Alice (pas de nom de naissance comme d’habitude). Ils auraient vécu à Gravell Lane, Aldgate.

Mary PAYNE dont le nom de jeune fille serait en réalité SMITH a épousé en premières noces un certain Thomas PAYNE le 10 août 1684 à St James Duke’s Place, Londres.

Après le décès de ce dernier en 1693, Mary désormais veuve PAYNE se serait remariée avec Thomas COMPTON en 1696. Ils auraient eu plusieurs enfants dont mon ancêtre Thomas COMPTON en 1698.

Le mari de Judith descendrait quant à lui d’un frère de Thomas, un certain John COMPTON qui a épousé Margaret BONNER.

Le premier mariage de Mary PAYNE.

16840810_PAYNE_Thomas_SMITH_Mary_M_St-James-Dukes-Place_London_Transcription
Mariage de Thomas PAYNE et Mary SMITH le 10/8/1684 à Londres

 

La piste Mary SMITH/PAYNE/COMPTON est intéressante, elle permet en outre de remonter bon an mal an jusqu’en 1607 d’après Judith. Elle n’a d’ailleurs pas hésité à compléter l’arbre de son mari avec tous ces éléments.

Il reste néanmoins deux problèmes majeurs pour valider la piste :

  1. Judith ne peut pas apporter de preuves formelles que ces personnes sont bien mes ancêtres et celles de son mari par la même occasion. Il n’y a rien qui prouve que Mary SMITH = mère de Thomas COMPTON. On tourne un peu en rond, les documents trouvés ne mentionnent pas les noms des parents ! Jamais.
  2. Quid de Mary WHITING ? À la Réunion, la mère de mon ancêtre pirate Thomas COMPTON est connue sous le nom de Mary WHITING, pas SMITH.

Je ne peux que remercier Judith pour toutes les recherches qu’elle a faites, malheureusement ça ne me permettra pas de compléter cette branche pour l’instant, c’est encore trop incertain.

Je ne suis pas certaine non plus d’avoir un quelconque lien avec son mari d’après les informations qu’elle m’a données, à part des noms de famille en commun, des noms assez courants qui plus est à Londres au début de XVIIIe siècle, nous ne sommes pas liées généalogiquement de façon formelle. Pour l’instant.

Énième piste

Comment trouver le mariage entre un certain Monsieur PAYNE (et variantes) et une Mary à Londres dans les années 1680 et 1690 ? C’est en réalité une recherche assez simple à effectuer avec les fonctions avancées d’un site comme Findmypast.

results.png

Parmi les trois pages de résultats, le seul nom de conjoint « approchant » de WHITING est CORNWHITE.

La transcription n’inclut parfois pas toutes les informations du registre original, je me mets en quête de l’image de l’acte et je finis par la trouver sur Ancestry.

Le 1er mars 1689, Mathew PAINE épouse Mary CORNWHITE à St James Duke’s Place, Londres.

16890301_PAINE_Mathew_CORNWHITE_Mary_St-James-Kues-Place_Londres.png
London, England, Church of England Baptisms, Marriages and Burials, 1538-1812 
St James, Duke´s Place 1664-1692 (vue 347/402). Sources : https://www.ancestry.co.uk/ et London Metropolitan Archives; London, England; Reference Number: P69/JS1/A/002/MS07894/001

Les deux sont veufs à leur mariage…

 

Je crois que je vais avoir besoin d’une pause.

 

12 commentaires

  1. Cette enquête est passionnante et ta prudence apparaît exemplaire.
    Ton récit et l’émotion qui s’en dégagent donnent envie de mettre nos pas dans les tiens (et ceux de tes ancêtres). La prochaine fois que j’irai à Londres, je me promènerai à Limehouse.

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  2. Quelle enquête, quel voyage, quelle aventure. Tes photos sont superbes et je suis contente de voir que tu as assisté à des conférences qui ont pu t’aider.
    Bon courage pour la suite – si tant est que tu arrives à valider une de tes hypothèses

    Aimé par 1 personne

  3. Merci pour cette ballade ! Quelle enquête ! Bravo pour la patience, l’acharnement et la ténacité : cela peut paraître de petites avancées mais je sais comme la moindre petite découverte est précieuse…

    Aimé par 1 personne

  4. J’ai adoré la visite ! Mais qu’est-ce que c’est compliqué les recherches !!
    Seul commentaire sur le testament : il me semble que révoquer ses testaments précédents s’ils existent est une clause standard… qui n’en implique aucunement l’existence ! Bonne chance !

    Aimé par 1 personne

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