11 août 2022

#Genealogie30 : 30 questions pour enrichir la vie de mon ancêtre Marie ANNE BELLON (1691-1729) – 2nde partie

Sur Twitter, Sophie BOUDAREL @gazetteancetres a proposé à la communauté généalogique un nouveau défi dont l’objectif est d’enrichir les connaissances autour d’un ancêtre en répondant à une question par jour sur sa vie. Mon choix s’est porté sur mon ancêtre Marie Anne BELLON (1691-1729). Un choix que je n’ai pas regretté car tout au long de ce mois de juin, j’ai pu faire des découvertes nombreuses, insoupçonnées, quelquefois savoureuses et d’autres fois, un peu moins.

16. Je replace mon ancêtre dans un contexte historique : quels sont les événements qu’elle a pu connaître voire y participer ?

Dès 1715, la Compagnie des Indes encourage les colons à cultiver le café : concessions offertes, organisation de la production, construction de routes. Les échanges commerciaux et la traite esclavagiste s’intensifient. Le café devient même monnaie d’échange !

La famille de Marie Anne va y participer et profiter de ce juteux business. Dans le recensement de 1733-1734, son mari possède 15 000 plants de caféier. En parallèle, le nombre de leurs esclaves augmente. Fatalement. Ils en comptaient 3 en 1708 et quasiment 25 dans les années 1735.

17. Qui était son conjoint ?

Édouard ROBERT dit Robin ou Net est un anglais originaire de Londres arrivé sur l’île en 1706 d’un vaisseau forban. Il aurait débarqué une 1ère fois sur l’île en 1704 avec le pirate John BOWEN mais serait reparti ensuite avec Nathaniel NORTH vers Madagascar.

Après avoir piraté tout ce qu’il pouvait dans les eaux des Mascareignes, il s’installe à Bourbon en 1706 (achats de terres, abjuration, mariage, enfants). Antoine BOUCHER écrit qu’il ne sait rien faire d’autre que matelot.

ROBERT devient pourtant bien cultivateur et éleveur.

Fils de Thomas et Marie ROBERT, Edouard serait né vers 1675 à Londres, paroisse St-Clément. Même si cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foins, j’ai essayé de trouver sa trace à Londres. En vain. Les hypothétiques filiations sur Geneanet ne m’ont pas convaincue.

L’église Saint-Clement Danes est située dans la cité de Westminster. Les registres de Westminster 1538-1912 pourraient comporter son baptême. Mais honnêtement, vu l’ampleur de la tâche, je ne suis pas sûre de trouver son baptême rapidement, enfin pas d’ici la fin #Genealogie30.

Édouard ROBERT a mauvaise presse. Selon BOUCHER, c’est un homme joueur, ivrogne, querelleur pour ne pas dire violent. Sa femme Marie Anne « souffre beaucoup de sa mauvaise humeur ». Il en va de même pour sa belle sœur Brigitte qu’il a déjà battue. Bref une mauvaise fréquentation.

Il a un fils naturel prénommé Guillaume né à Madagascar qu’il a ramené avec lui à Bourbon. L’enfant a été baptisé à Saint-Paul en 1714 alors qu’il avait déjà une petite dizaine d’années. La question qui me taraude : Edouard a-t-il aussi ramené avec lui la mère de Guillaume ?

On trouve en ligne les recensements de 1708 où Guillaume n’apparaît pas encore, puis ceux de 1722 où il est bien recensé. 2 femmes esclaves présentes pourraient « coller », mais difficile de savoir si l’une d’elle a intégré le foyer en même temps que Guillaume, entre 1708 et 1714.

C’est Cécile qui a mes faveurs car Magdelaine se marie en 1723 avec Jérôme, un autre esclave des ROBERT. Cécile ne se marie pas a priori. Elle décède en 1747, « esclave du sieur Edouard ROBERT » fils, le père est décédé en 1745. Mais je me fais sûrement des films à propos de Cécile.*

Dans le recensement de 1725, on a donc Manuel 40 ans et Cécile 50 ans qui pourraient correspondre à ce couple. Les âges sont très approximatifs, dans un autre recensement ils n’ont que 4 ans d’écart. Mais lui est toujours plus jeune.

*Cécile s’est mariée en 1723 avec un certain Emmanuel. Dans cet acte de 1724, on peut lire « entre Emmanuel et Cé(…), esclaves du sieur Edouar ROBERT ».

Acte de mariage de plusieurs esclaves dont Emmanuel et Cécile,
esclaves du sieur Edouard ROBERT le 24/02/1724 à Saint-Paul

18. Comment les familles pouvaient se connaître ?

Qui qu’ils fussent, les parents d’Édouard ROBERT de Londres n’ont pas pu connaître les parents de Marie Anne habitants de l’île Bourbon située à 10 000kms de là.

Mappemonde physique, politique et commerciale GOCHET Alexis-Marie (1835-1910)

19. Combien d’enfants a-t-elle eu?

De son union avec Édouard ROBERT, Marie Anne BELLON a eu 10 enfants. 8 atteindront l’âge adulte. Je descends de sa fille Anne (1715-1765) qui épouse en 1733 Pierre Jean TÉCHER.

C’est peut-être le moment d’évoquer le cas d’un des enfants de Marie Anne : Édouard ROBERT fils (1717-1804).

Édouard ROBERT père et Thomas ELGAR père, l’autre pirate anglais installé à Bourbon, sont amis et voisins. Ils ont acquis ces terres ensemble à leur arrivée en 1706.

Plan du cartier de St. Paul en l’île de Bourbon. Case de Thomas ELGAR au n°26 et case d’Édouard ROBERT au n°27

Leurs enfants sont devenus amis. Edouard ROBERT fils s’est retrouvé au cœur d’un procès criminel en 1734. Son esclave Nicolas est en effet accusé d’avoir tué Louis, esclave de Thomas ELGAR au cours d’une bagarre près de la Ravine à Marquet.

Première page du dossier consacré au procès criminel instruit contre le nommé Nicolas, noir appartenant à Edouard Robert. 18 mai 1734.
http://www.reunion-esclavage-traite-noirs-neg-marron.com/IMG/pdf/rec-3-2518-07-2.pdf

D’abord blessé, Louis meurt rapidement après avoir été transporté chez Thomas ELGAR. Mais les interrogatoires et confrontations ont permis de mettre au jour que les enfants ROBERT et ELGAR ont en réalité encouragé les esclaves Nicolas et Louis à se battre… hélas jusqu’à la mort.

Acte de sépulture de Louis, esclave du sieur Thomas ELGAR (« Leguer » dans l’acte) le 24/01/1724 à Saint-Paul.

Les enfants accusés d’avoir ordonné la bagarre sont : – Thomas ELGAR fils, 22 ans – Pierre Louis ELGAR, 20 ans – Edouard ROBERT, 17 ans Les pièces du procès se trouvent aux AD Réunion, fonds de Compagnie des Indes.

Robert BOSQUET les a transcrites : http://www.reunion-esclavage-traite-noirs-neg-marron.com/IMG/pdf/rec-3-2518-07-2.pdf

Voici les conclusions :

Le Conseil à renvoyé absous le nommé Nicolas, esclave d’Edouard Robert, du crime d’homicide en la personne du nommé Louis, esclave de Thomas Elgard. Et pour les charges résultant du procès, a condamné le dit Nicolas à recevoir deux cents coups de fouet, par les mains de l’exécuteur de la Haute Justice, et l’a déclaré confisqué au profit de l’hôpital de ce quartier. Le Conseil a condamné en outre les nommés Pierre Elgard, Thomas Elgard fils et Edouard Robert fils en deux mois de prison et en cent livres d’amende chacun et solidairement envers la Compagnie, et a débouté Thomas Elgard de la demande par lui faite de la valeur du nommé Louis, dont le prix restera perdu pour lui, et a condamné les dits Elgard et Robert aux dépens du procès. Fait et arrêté au Conseil, le dix-huit mai mil sept cent trente-quatre.

Les fils auraient promis aux esclaves d’en répondre à leur place si malheur arrivait. Or au procès, on s’aperçoit qu’ils nient en bloc avoir été présents pendant la bagarre. Ils n’ont cependant pas été crus par leurs juges qui les condamnent à de la prison :

L’arrêt ci-dessus a été exécuté. Le dit Nicolas a subi la peine portée contre lui, le 24 mai 1734, et les dits Elgard et Ro[bert ont] été constitués prisonniers le [dit jour] du dit mois.

20. Qui sont les parrains/marraines ou les témoins de la naissance ? Quels sont les liens ?

21. A-t-elle assisté au mariage de ses enfants ?

Marie Anne est encore vivante au mariage de sa fille aînée Brigitte ROBERT avec Alain de LACOUR le 28/01/1728. Il s’agit d’un acte mariage commun à 2 couples de libres et 1 couple d’esclaves. C’est particulier mais pas non plus rare à Bourbon à l’époque.

On peut y voir :

  • Jean MENEUR et Catherine BELLON, sœur de Marie Anne
  • Allain de LACOUR et Brigitte ROBERT, fille de Marie Anne
  • Antoine et Brigitte, esclaves du sieur AUBERT
  • Les parents qui ne savent pas signer, ne figurent pas dans les témoins soussignés, mais il est probable qu’ils étaient présents.

Marie Anne était également vivante le 18/01/1729 lorsque sa seconde fille Marie Anne ROBERT se marie avec Philippe CHASSIN. Là encore, Edouard et Marie Anne ne sont pas cités comme témoins soussignés, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’étaient pas présents.

En résumé, durant sa courte vie, Marie Anne BELLON n’a pu assister qu’aux mariages de deux enfants sur les 8 qui se sont mariés. Elle n’a pas connu ses petits-enfants.

22. Quel était son métier ? Comment en vivait-elle ?

Officiellement, Marie Anne n’a pas de métier, mais elle a certainement fort à faire à la maison avec le travail domestique et ses 8 enfants. 8 enfants et son beau-fils Guillaume dont on trouve la première trace en 1714 alors qu’il est âgé d’environ 11 ans.

Fort à faire peut-être, mais c’est à nuancer. Les ROBERT vont progressivement acheter et hériter de femmes esclaves pour certaines domestiques. Leur nombre n’a cessé de croître. En 1708, la famille compte 1 femme esclave : Marie Anne, 23 ans, mariée, originaire de Madagascar.

Recensement de 1708 d’Édouard ROBERT à Saint-Paul

En 1730, peu après le décès de Marie Anne en 1729, on trouve 9 femmes esclaves dont 5 adultes et 4 enfants, bien que la petite Elizabeth âgée de 11 ans soit probablement déjà apte au travail servile.

Recensement de 1730 d’Édouard ROBERT à Saint-Paul.

23. A-t-elle vécu à différents endroits ? Pourquoi ?

Marie Anne a toujours vécu aux Sables de Saint-Paul. Après son mariage, elle a quitté la maison de ses parents située au n°19 du plan Champion pour rejoindre la maison d’Edouard ROBERT située au n°27.

Plan du cartier de St. Paul en l’île de Bourbon.
Case d’Antoine BELLON son père au n°19 et case d’Édouard ROBERT son mari au n°27.

24. Que m’indique les recensements (composition familiale, voisinage…) ?

J’ai évoqué à plusieurs reprises les recensements au cours des jours précédents. Ils montrent que la famille ROBERT s’est progressivement enrichie. En 1708, au début du mariage, les récoltes et le nombre d’animaux étaient relativement modestes.

Extrait du recensement de 1708 d’Édouard ROBERT à Saint-Paul

À partir de 1733-1734, comme bon nombre d’habitants implantés sur l’île, les ROBERT se sont reconvertis dans le café sous l’impulsion de la Compagnie des Indes.

En 1735, que ce soit en nombre de bêtes ou de récoltes, leur situation s’améliore. Et comme on a pu le voir précédemment, ils ont également multiplié le nombre de leurs esclaves, ce qui est généralement un signe d’un enrichissement.

Extrait du recensement de 1735 d’Édouard ROBERT à Saint-Paul

Quant au voisinage immédiat, j’ai déjà pu largement le commenter avec les ELGAR, des voisins immédiats avec lesquels les ROBERT étaient proches.

25. Je cartographie tous ses événements

Tous les évènements de la vie de Marie Anne BELLON se sont déroulés dans la ville de Saint-Paul, Réunion.

26. Mon ancêtre est-elle passée chez le notaire ?

Avant de s’unir, Marie Anne BELLON et Edouard ROBERT sont passés chez le notaire le 17/02/1707 pour passer un contrat de mariage. En résumé, si l’un ou l’autre venait à décéder sans héritier, ce qui se trouve dans la communauté ira au dernier vivant.

S’il existe des héritiers, la moitié ira au dernier vivant et l’autre moitié ira aux enfants. Classique. Les parents de Marie Anne BELLON donnent à Edouard ROBERT un morceau de terre pour élever des animaux à la « Pointe du Galet ».

Les époux ne signent pas.

Durant leur mariage, il y a eu probablement, même sûrement, des actes d’achats et ou de ventes établis au nom d’Edouard ROBERT. Mais s’ils sont été conservés, ils sont consultables aux AD Réunion car je ne les ai pas trouvés dans les actes notariés qui sont actuellement disponibles en ligne.

27. Est-ce que mon ancêtre a été récompensée (médailles, décorations, concours, etc) ?

À ma connaissance, Marie Anne BELLON n’a pas obtenu de récompense de type médailles, décorations ou concours au cours de sa vie.

28. J’ai trouvé un inventaire des biens de mon ancêtre. Je recherche une représentation des objets de son quotidien.

Accrochée à ses mouchoirs de Masulipatan, Marie Anne évoluait à travers sa case dans des jupes indiennes, en chevauchant moult petits coffres de bois de pomme « méchants ». Je plaisante… À moitié. Sa maison était bien meublée et elle semblait ne manquer de rien.

On y voit des meubles, des ustensiles de cuisine, beaucoup de vaisselle dont plusieurs pièces en argent. À noter : une pendule avec ses poids. On est en 1729, je m’étonne peut-être pour rien mais ça me paraît un peu « extravagant ». Et en même temps, son mari était pirate…

Extrait de l’inventaire effectué le 30/11/1729

On y trouve aussi des vêtements, toiles, mouchoirs de mousseline, cravates etc. Pas de chaussures, mais quasiment tous les habitants de l’île allaient et venaient pieds nus. C’était un luxe que seuls de rares privilégiés pouvaient se payer… quand il y en avait.

Ils avaient un certain nombre d’outils pour cultiver la terre, d’autres de charpentier et menuisier, plusieurs magasins de bois, des planches, meule etc. Un fusil, deux pistolets d’arçon qui sont a priori destinés aux cavaliers. Édouard ROBERT est aussi cavalier que vous et moi.

Des cases en bois sont inventoriées dont certaines destinées aux esclaves. Là on passe à la partie moins réjouissante avec la liste des esclaves et leur valeur estimée, selon des critères : âge, sexe et origine. Le document reste précieux pour reconstituer des familles d’esclaves.

L’inventaire fait état ensuite des quelques chevaux que possédaient les ROBERT.

Il y avait également des bœufs, des vaches, des dizaines de cabris, cochons, truies, moutons, coqs et poules d’indes. Ce qu’on a pu voir dans les recensements.

Puis on passe au blé et au maïs qui n’ont pas pu être évalués et qui devront être partagés entre les héritiers.

Enfin on passe aux dettes actives et aux dettes passives. On trouve ainsi les sommes que leur doivent certains membres de la famille. Le fait notable est que le garde magasin général leur doit 560 livres pour le café.

Pour sa part, la famille ROBERT doit de l’argent à droite et à gauche : au père de Marie Anne, au beau-frère, à M. Jacques MACE, chirurgien pour 165 livres de médicaments (Marie Anne est morte de la variole).

Intéressant, en fin d’inventaire, il est rappelé les dates et les conditions des contrats de mariage des filles Brigitte et Marie Anne ROBERT qui se sont mariées peu de temps avant le décès de leur mère. Cela tombe bien car je n’ai pas leurs contrats de mariage.

À Allain LACOUR et Brigitte ROBERT iront donc :

Les conditions matrimoniales faites en faveur de l’autre couple, Philippe CHASSIN et Marie Anne ROBERT dans le contrat de mariage du 16 janvier 1729, sont les mêmes que celles faites à Allain LACOUR et Brigitte ROBERT. Pas de jaloux donc.

Pour finir, il est fait état d’une liste des titres et documents importants de la famille :

29. En quoi consistait sa succession ?

Une fois l’inventaire réalisé, il est d’abord question de retirer de la succession les différentes sommes qui sont dues aux uns et autres afin de les rembourser. Puis, à partir des biens estimés, on va constituer deux lots d’une valeur de 3 578 livres chacun.

On place dans un chapeau 2 billets de même taille sur lesquels sont marqués « 1er lot » et « 2nd lot ». Après avoir longtemps remué le chapeau, on fait venir une personne « non suspecte aux parties » pour tirer les lots au sort.

Le premier lot va à Edouard ROBERT et le second aux enfants.

Le second lot est divisé en 8 petits lots destinés aux 8 enfants. Comme les 8 lots ne sont parfaitement équitables, il est prévu que certains enfants payeront aux autres des sommes pour soulte de partage. Le père se charge des lots des mineurs et les garantit de tout dépérissement.

Mon ancêtre Anne, troisième fille de Marie Anne BELLON-ROBERT, hérite du second lot de la succession comprenant « Jérôme et sa femme, une pendule et un magasin à la montagne montant à la somme de quatre cent quatre vingt livres ».

30. Sa tombe est-elle toujours présente ? Qui sont les individus enterrés dans le caveau ? Dans les concessions autour de la sienne ?

Dans son acte de décès de 1729, on peut lire que Marie Anne BELLON a été inhumée dans le cimetière de la paroisse de St-Paul. Mais sa tombe a très probablement disparu aujourd’hui.

L’actuel cimetière marin de St-Paul lui a été implanté en 1788.

Sources :

ANOM

– AD Réunion

– http://iledelareunion-archive.com/

– Gallica

– http://www.reunion-esclavage-traite-noirs-neg-marron.com/

– http://dcrp.free.fr/?p=1022

Partager l'article

2 réflexions sur « #Genealogie30 : 30 questions pour enrichir la vie de mon ancêtre Marie ANNE BELLON (1691-1729) – 2nde partie »

  1. Bonjour
    Avec quel logiciel avez vous créée la présentation des oncles et tantes ainsi que pour les parrains/ marraines
    Merci pour les renseignements et encore bravo pour votre présentation
    Cordialement
    Valérie Perrier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

%d blogueurs aiment cette page :