11 août 2022

#Genealogie30 : 30 questions pour enrichir la vie de mon ancêtre Marie ANNE BELLON (1691-1729) – 1ère partie

Sur Twitter, Sophie BOUDAREL @gazetteancetres a proposé à la communauté généalogique un nouveau défi dont l’objectif est d’enrichir les connaissances autour d’un ancêtre en répondant à une question par jour sur sa vie. Mon choix s’est porté sur mon ancêtre Marie Anne BELLON (1691-1729). Un choix que je n’ai pas regretté car tout au long de ce mois de juin, j’ai pu faire des découvertes nombreuses, insoupçonnées, quelquefois savoureuses et d’autres fois, un peu moins.

1. Est-ce que j’ai toutes les informations sur sa naissance ? Son baptême ? Qui était ses parrains/marraines ou les témoins de la naissance ?

Une fillette prénommée Marie Anne est baptisée le 8 juillet 1691 à St-Paul, île de la Réunion (anciennement île Bourbon).

Acte de baptême de Marie Anne BELLON
le 08/07/1691 (et non 1696 comme indiqué en marge de l’acte !) à Saint-Paul.

Fille du charpentier Antoine BELLON et de Suzanne DENNEMONT, elle a pour parrain son oncle Gilles DENNEMONT et pour marraine sa grand-mère maternelle Antoinette ARNAUD.

Marie Anne est déjà la 2ème génération d’enfants nés sur l’île. Ses grands-parents sont des colons de la Compagnie des Indes. Des Rhodaniens côté paternel et des Normands côté maternel.

Voilà pour les premières présentations. Bien sûr si vous aimez le romanesque, stay tuned !

2. Est-ce que j’ai toutes les informations sur son mariage ? Qui était présent ?

Pour les hommes célibataires de la colonie, trouver à se marier relevait à cette époque d’un véritable défi. Les prétendants de Marie Anne ont probablement dû se bousculer au portillon de son père Antoine BELLON. Aussi et sans surprise, elle se marie à 15 ans.

Extrait de « La vie quotidienne des colons de l’île Bourbon à la fin du règne de Louis XIV 1700-1715 » de Jean BARASSIN

Étonnement, elle épouse non pas un de ses semblables descendants de colons français bien établis, mais un pirate anglais fraîchement débarqué dans l’île. Un certain Édouard Robert dit « Robin »

Sans doute était-il riche.

À peine arrivé en effet, il acquiert des terrains avec l’approbation de la puissante Compagnie. Et bien décidé à se fixer dans l’île après ses aventures dans les eaux mal fréquentées de l’Océan Indien, il abjure le calvinisme début 1707 pour se marier.

Abjuration de Thomas ELGAR et d’Edouard ROBERT 30/01/1707

Au mariage justement sont présents le père de Marie Anne mais également son oncle et parrain Gilles DENNEMONT (c’est mon Sosa aussi au fait). À noter la présence de deux autres de mes Sosa parmi les témoins : Henry MOLLET et Jacques PITOU.

Acte de mariage d’Edouard ROBERT et de Marie Anne BELLON 29/02/1707

Difficile d’ignorer la mention de ce contrat de mariage passé chez BOUCHER.

Dans ses mémoires rédigés en 1709, ce dernier d’ailleurs décrivait Marie Anne comme une « femme créole blanche, de peu d’éducation mais qui vit fort sagement et sans reproche du côté de la vertu. »

J’ai failli oublier un léger détail. À son mariage, le mari était déjà père d’un petit Guillaume né en 1703 d’une femme malgache. Il s’en est donc allé chercher son fils à Madagascar pour le ramener et l’élever sur l’île Bourbon.

Guillaume ROBERT est baptisé en 1714 à l’âge de 11 ans environ.

Acte de baptême de Guillaume ROBERT le 03/08/1714 à Saint-Paul.

J’apprends également qu’en 1720, ce jeune homme est placé en apprentissage pendant trois ans chez le maître menuisier Louis Le Corre. http://www.reunion-esclavage-traite-noirs-neg-marron.com/IMG/pdf/2517-site-chap-02.pdf (vue 40/62)

Guillaume, ce fils naturel de mère malgache (faut-il le rappeler), est condamné au bannissement perpétuel des colonies pour, tenez-vous bien, « avoir voulu déserter la nation française dans la traite à Madagascar » selon l’arrêt du Conseil Supérieur de l’île du 21/7/1725. Il est également emprisonné : http://www.reunion-esclavage-traite-noirs-neg-marron.com/IMG/pdf/2517-site-chap-02.pdf… (39/62). Qu’est-il devenu ? Honnêtement, je l’ignore et j’aimerais beaucoup le retrouver mais je peux difficilement tous les suivre dans leurs péripéties…

3. Est-ce que j’ai toutes les informations sur son décès ? Qui était présent ? A déclaré ? Où a eu lieu l’enterrement/l’inhumation ?

Marie Anne BELLON décède le 19 juillet 1729 de la grande épidémie de variole qui a décimé une partie de la population de l’île, dont une trentaine de mes Sosa. Elle avait 38 ans. Pas de déclarant, le prêtre est dépassé par les événements, il va à l’essentiel.

Acte de sépulture de Marie Anne BELLON le 19/07/1729 à Saint-Paul.

Elle est inhumée dans le cimetière de la paroisse de Saint-Paul et, chose surprenante, aucun de ses 8 enfants ne succombera lors de l’épidémie. Son mari lui survivra encore une quinzaine d’années. Il se remariera pas.

Après le décès de Marie Anne, il est possible de suivre « Robin » et ses enfants dans les recensements. On le voit ici en 1730 veuf avec 6 enfants et 19 esclaves. Par rapport au recensement de 1722, il manque son fils naturel Guillaume chassé de l’île et les 2 filles aînées qui ont quitté la maison.

Recensement de 1730 de la famille d’Edouard ROBERT à Saint-Paul.

4. Je m’intéresse aux personnes présentes à chacun des événements. Qui sont-elles ? Quels sont leurs liens ?

Au baptême de Marie Anne BELLON, seuls les membres de la famille sont cités dans l’acte. Mais à son mariage, on peut noter la présence d’autres personnages au service de la Compagnie et qu’on peut penser proches de son père dont le métier était charpentier.

On trouve ainsi :

  • Henry MOLLET, charpentier
  • Jacques AUBER, menuisier, capitaine de milice
  • Jacques PITOU, intermédiaire des négriers de la Cie
  • Antoine BOUCHER pas encore gouverneur mais omniprésent. Il est garde-magasin (poste important), secrétaire, procureur fiscal.

5. Qui était son père ?

Le père de Marie Anne est Antoine BELLON, un homme créole blanc, créole signifiant qu’il est natif de l’île. Baptisé le 20/11/1672 à St-Paul, il est le fils de Jean BELLON et d’Antoinette ARNAUD, originaires de Vaugneray (69) et arrivés à Bourbon en 1667.

Acte de baptême d’Antoine BELLON 20/11/1672 à Saint-Paul, île Bourbon

Antoine est un bon charpentier selon Antoine BOUCHER (Mémoires de 1709). Alors qu’il n’a que 15 ans, il se marie avec Suzanne DENNEMONT qui en a 13 et déjà veuve d’André BERNARDO, un portugais de Cascais qu’elle a épousé à l’âge de 12 ans.

Contrat de mariage BELLON-DENNEMONT.

Toujours selon BOUCHER, Antoine BELLON sait lire et écrire, mais on ignore en fait comment il a pu recevoir une telle éducation, ses parents étant illettrés.

Il est cependant décrit comme « grand craqueur », « un peu ivrogne » et « franc paresseux ». Ses coliques l’ont rendu impotent.

Au recensement de 1708, 6 enfants sont encore présents dans le foyer. Antoine est propriétaire de 5 esclaves (3 hommes, 2 femmes). Il possède 7 terres de culture (riz, bananes, cannes à sucre, patates, légumes, mil, blé), 14 bœufs, 10 cochons, 5 moutons et quantités de volailles.

À son décès le 20 novembre 1717, les biens d’Antoine seront partagés entre sa veuve Suzanne et leurs enfants dont 9 sont encore mineurs. C’est Edouard ROBERT qui hérite de la part de sa femme Marie Anne.

6. Qui était sa mère ?

La mère de Marie Anne est Suzanne DENNEMONT (DANEMONT ou DALMONT), créole née à St-Paul le 15 septembre 1674 et baptisée le 25 novembre suivant en même temps que sa sœur aînée Geneviève. Suzanne est la fille de Hervé DENNEMONT et de Léonarde PILLE.

Acte de baptême de Geneviève et Suzanne DENNEMONT le 25/11/1674 à Saint-Paul.

Hervé est un ouvrier verrier de la Compagnie né à Brix (Normandie) en 1635. Les origines de Léonarde PILLE sont plus incertaines. Orpheline de Granville (Normandie) mais élevée à l’hôpital de la Salpêtrière, elle est recrutée pour se rendre à Bourbon afin d’y épouser un colon.

Suzanne perd son père Hervé à l’âge de 4 ans et sa mère Léonarde à l’âge de 8 ans. C’est certainement la raison pour laquelle elle épouse à 12 ans le portugais André BERNADO qui a la trentaine passée. Une promesse de mariage est signée le 24 février 1687.

Promesse de mariage entre André BERNARDO et Suzanne DENNEMONT
le 24/02/1687 à Saint-Paul

Mais son mari André décède bien vite, la même année semble-t-il. Les registres de sépultures en ligne ne débutent qu’en 1697 à la Réunion, difficile d’être précise.

Suzanne se remarie le 2 mars 1688 avec Antoine BELLON, non sans avoir passé un contrat de mariage comme évoqué hier.

Décrite comme une femme qui « vit fort sagement et dont la vertu est à l’épreuve de la médisance. » Elle « ne manque point de génie », douée semble-t-il pour le mensonge comme son mari Antoine BELLON le fameux « grand craqueur ».

Elle est mère de 12 enfants, Marie Anne est son aînée.

Suzanne s’éteint à 46 ans le 8 octobre 1720, 3 ans après son second mari Antoine BELLON, le père de Marie Anne. L’acte est rédigé sous le nom de « DALMON ».

Acte de sépulture de Suzanne DALMON (DENNEMONT) le 08/10/1720 à Saint-Paul

7. Quelle était sa fratrie ?

Marie Anne est l’aînée d’une fratrie de 13 enfants dont 3 garçons et 10 filles parmi lesquelles 3 de mes ancêtres :

À noter qu’après le décès de ses parents, Marie Anne recueille chez elle ses petites sœurs jumelles Catherine et Marguerite BELLON ainsi que le montre le recensement de 1722. Elles ont à l’époque 12 ans et apparaissent comme « orphelines et jumelles ».

Recensement de 1722 de la famille ROBERT-BELLON à Saint-Paul, île Bourbon 1722

8. Qui étaient ses oncles et ses tantes ?

9. Avait-elle des relations avec les autres membres de sa famille ?

On a vu que Marie Anne n’a qu’un oncle à ses côtés, Gilles DENNEMONT, avec qui elle gardera des liens. Il sera témoin à son mariage.

Les beaux-frères Jacques BEDA et Jacques MACE sont aussi souvent cités : ils sont parrains de 2 enfants et tuteurs de ses sœurs.

C’est plus compliqué avec la sœur de Marie Anne, Brigitte BELLON. Celle-ci est marraine de Brigitte, première fille de Marie Anne, mais aussi de Guillaume, fils naturel d’Edouard ROBERT.

Les relations vont se tendre au fil du temps. Brigitte dont le 1er mari est mort de façon suspecte et dont les enfants lui ont été retirés, est un jour « battue d’importance » par son beau-frère Edouard ROBERT selon l’historien A. LOUGNON. Il est réputé violent, surtout avec Marie Anne. Mais visiblement pas seulement avec elle.

Plus tard, en 1720, Brigitte fait à nouveau face à Edouard ROBERT devant le Conseil de l’île et dans une affaire dont les détails sont encore inconnus et à consulter aux AD. Fol. 55 r° : Brigitte Bellon, contre Edouard Robert, [19 août 1720] http://www.reunion-esclavage-traite-noirs-neg-marron.com/IMG/pdf/recueil-7-repertoire_fin_site.pdf (p2)

Enfin, Marie Anne est proche de la famille ELGAR. Ce ne sont pas des liens de sang certes, mais les ELGAR et les ROBERT sont intimes. Thomas ELGAR et Edouard ROBERT sont d’anciens pirates anglais arrivés ensemble sur l’île, ils ont abjuré et se sont mariés en même tps ou presque.

En 1707, les 2 compères anglais ont acheté ensemble des terres à Jacques BEDA (Beau-frère de Marie Anne et Edouard ROBERT). Sur le plan, on voit les ROBERT au n°27 et les ELGAR au 26.

Les enfants grandissent ensemble et sont amis. Mais on verra ça un peu plus tard, ça ira loin…

Plan du cartier de St. Paul en l’île de Bourbon. Case d’Edouard ROBERT au n°27.

10. Est-ce que je peux retracer sa généalogie sur quatre générations ?

La réponse est clairement non. Mais il est parfois compliqué de remonter aux origines des primo-arrivants. N’étant pas certaine des ascendants des BELLON, je laisse mon arbre en l’état pour le moment.

11. Je m’intéresse au nom de famille de mon ancêtre. Quelle est son origine ? Sa signification ?

Le nom de famille BELLON que l’on trouve dans le sud-est de la France viendrait de l’italien BELLONE dérivé de Bello/Belli, surnom donné à une personne au physique agréable. Dans l’ouest, ce nom serait plutôt lié à la commune de BELLON en Charente. (Geneanet)

Le grand-père paternel de Marie Anne est originaire de Vaugneray près de Lyon, aucun lien avec la Charente a priori. Donc bon s’ils s’appellent BELLON, c’est parce qu’ils étaient simplement beaux…

12. Je recense tous les porteurs du nom du village/quartier. Quels sont les liens avec mon ancêtre ?

À l’époque (fin 17e-début 18e), tous les porteurs du nom BELLON à Bourbon sont de la même famille. Ils descendent de Jean BELLON, grand-père paternel de Marie Anne. Mais voyons plutôt la répartition géographique du nom BELLON en France métropolitaine sur la même période.

Entre 1600 et 1700, les porteurs du nom BELLON représentaient une diagonale allant du nord-ouest au sud-est avec des représentants en région parisienne et dans une moindre mesure dans l’est du pays. Cependant, le gros du contingent se situe surtout dans le quart sud-est.

Et aujourd’hui encore, on voit avec Géopatronyme que le nom est encore bien représenté dans cette partie du pays.

13. Si le nom de famille est d’une autre région, de quand date la migration ?

La migration des BELLON date de 1667*. Après 12 mois de voyage en mer éprouvants dignes de romans d’aventures, les passagers de la flotte de François de LOPIS, marquis de Montdevergue, débarquent à l’île Bourbon en février 1667.

La flotte envoyée par le roi de France se compose de 10 navires sur lesquels se trouvent plus de 1500 passagers dont des dizaines d’orphelines à marier. 400 passagers décèdent en route (scorbut), 200 débarquent malades à Bourbon et seuls 60 survivront. http://dcrp.free.fr/?p=1022

* @JTCarre me fait justement remarquer que le père BARASSIN inclut Jean BELLON dans la liste des passagers accompagnant Etienne REGNAULT en 1665. Je me suis également posée la question de la date précise de son arrivée à Bourbon. D’après Jules BENARD et Bernard MONGE dans « L’épopée des cinq cent premiers réunionnais », Jean BELLON serait arrivé en 1667 en même temps que sa femme sur le St-Jean-Baptiste, flotte de Montdevergue. Alors qui croire ? À défaut, on pourrait convenir que Jean BELLON est arrivé à Bourbon entre 1665 et 1667...

14. Est-ce que je retrouve mon ancêtre dans la presse ? Un porteur du nom ?

Pas dans la presse, mais dans la plupart des livres d’histoires sur les débuts de la colonisation de la Réunion car ce patronyme est celui de l’un des tous premiers habitants de l’île.

15. Toujours dans la presse, quels sont les événements qui ont marqué son village, sa région pendant sa vie ?

Le premier journal paraît à la Réunion en 1794, plusieurs décennies après le décès de Marie Anne. Il s’intitule alors Le vrai républicain ou Journal politique et littéraire. A l’époque de Marie Anne, point de presse donc.

Mais plus tard au XXe, on trouve dans les journaux locaux comme Le peuple : organe quotidien de l’île de la Réunion des articles qui relatent les évènements des années 1720.

En 1725 par exemple, la Compagnie des Indes interdit aux forbans d’entrer dans l’île. Un coup dur économique pour les habitants qui avaient pris l’habitude de commercer avec les bateaux de passage. La Compagnie finit même par interdire le commerce avec tout vaisseau qui ne serait pas porteur de commissions des compagnies de commerces et confisque les marchandises.

En 1729, les récoltes de riz, maïs et blé furent détruites par une invasion de sauterelles venues d’Afrique. On sait que la famille ROBERT avait ce type de cultures. « Ce fléau causa longtemps les plus grands ravages dans l’île »

Mais le grand événement qui a marqué la vie de Marie Anne et qui lui a été fatal, est l’épidémie de variole de 1729. Un épisode largement documenté et commenté.

LA SUITE

Sources :

ANOM

– AD Réunion

– http://iledelareunion-archive.com/

– Gallica

– http://www.reunion-esclavage-traite-noirs-neg-marron.com/

– http://dcrp.free.fr/?p=1022

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2 réflexions sur « #Genealogie30 : 30 questions pour enrichir la vie de mon ancêtre Marie ANNE BELLON (1691-1729) – 1ère partie »

  1. Passionnant et rare car les sources ( militaires notamment) sont beaucoup plus nombreuses concernant les hommes

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