Familles réunionnaises

#RDVancestral avec une femme de la Baie

Le 3ème samedi du mois, Guillaume Chaix @grenierancetres nous invite à prendre place dans une capsule temporelle et à partir à la rencontre de l’un de nos ancêtres pour capturer un instant de sa vie. Ce voyage dans le temps est basé sur des faits historiques mais laisse nécessairement une part importante à l’imagination. Toute ressemblance avec des personnes et des situations ayant existé est donc purement volontaire !

– Qu’il aille au diable et surtout qu’il n’en revienne jamais !

La porte d’entrée se referme alors violemment sous mon nez. Passée la stupéfaction, je reste un moment interdite sur le pas de la porte. Quel accueil ! Ce n’est pourtant pas tous les jours que quelqu’un traverse trois siècles pour venir vous voir. Je ne m’attendais pas à cela. Je peux encore voir la fureur dans les yeux de Brigitte. Son visage s’était métamorphosé en un quart de seconde lorsque j’ai évoqué son mari Pierre FOLIO. De toute évidence, j’ai touché un point sensible…

Nous sommes en 1720 dans la baie de Saint-Paul (île Bourbon), il fait une chaleur épouvantable aujourd’hui et le sable noir me brûle littéralement les pieds.

maison_veuve_folio_1719

Plan du cartier de St Paul en l’île de Bourbon par Estienne de CHAMPION (dessiné entre 1704 et 1718) Au n° 18, la maison de Brigitte BELLON, veuve de Pierre FOLIO

Cette journée démarre mal pour moi mais surtout pour mon ancêtre à la 10ème génération. Brigitte BELLON vient en effet de perdre la garde de ses enfants pour « mauvaise conduite ». Elle reste par ailleurs interdite depuis 1 an de se remarier tant que les circonstances de la disparition son premier mari demeurent non élucidées. Elles le demeureront pourtant à jamais…

C’est un peu rude mais le Conseil de l’île a été on ne peut plus clair : Brigitte BELLON ne peut plus « se marier sous quelque prétexte que ce puisse être » jusqu’à ce qu’il se trouve des « preuves certaines que ledit FOLIO ait été tué ou se soit tué par désespoir ». Une sorte de principe de précaution que nos ancêtres appliquaient déjà au XVIIIe siècle, semble-t-il.

Pierre FOLIO. Je souhaitais justement m’entretenir avec mon ancêtre Brigitte à son sujet, éclaircir quelques points directement avec elle parce qu’elle me semblait avoir été condamnée trop rapidement à la fois par les autorités locales, mais aussi et surtout par l’ensemble de la société bourbonnaise. Avoir mauvaise réputation en fait-elle pour autant une meurtrière ?

C’est certain, elle ne devait pas s’en laisser compter Brigitte. Quelle trempe ! Comme toutes à l’époque, elle vit ou plutôt survit sur une île isolée de 3600 habitants dont 2000 esclaves. La vie n’est facile pour personne dans cette société régie d’ailleurs essentiellement par les hommes.

Pierre FOLIO le « disparu » est un ancien flibustier originaire de Touraine arrivé sur l’île le 26 mai 1699. Après moult péripéties et un premier mariage avec Françoise CADET quelques mois après son arrivée, il acquiert quelques propriétés et réside sur l’île Bourbon pendant 8 ans. Le couple FOLIO-CADET ont deux filles : Françoise née en 1701 et Louise née en 1708. La famille FOLIO déménage ensuite à Pondichéry en Inde où elle restera deux ans. Après le décès de son épouse, Pierre revient à Bourbon avec ses filles. À son retour, il est logé chez Marie VARACH veuve de Pierre Nativel, mon ancêtre elle aussi.

Pierre FOLIO se remarie en 1710 avec mon Sosa 929, Brigitte BELLON donc, celle que j’aurais bien voulu rencontrer aujourd’hui… Brigitte est la seconde fille d’Antoine BELLON et de Suzanne DENNEMONT. Elle a 9 frères et sœurs. Ses parents sont nés sur l’île Bourbon et ses quatre grands-parents sont, quant à eux, nés en France.

Une fois marié à Brigitte BELLON, Pierre FOLIO décide de confier les filles de son premier mariage à son ancienne belle-mère, Louise NATIVEL « contre 185 écus qu’elle lui doit ». Louise NATIVEL, la fille aînée de qui-vous-savez : #RDVAncestral : Tu es Pierre et sur cette pierre…  Bref, l’île Bourbon est un tout petit monde et on ne s’y ennuie pas une seule seconde 🙂

Brusquement, la porte se rouvre, me sortant aussitôt de mes pensées. Brigitte réapparaît alors et, pour la première fois, je peux enfin la dévisager attentivement. Son visage est marqué malgré ses 26 ans. D’une voix pas totalement radoucie, elle dit alors :

– Tu n’y es pour rien, je le sais bien, mais cela fait 7 ans qu’on me demande où mon mari se trouve, comment je l’ai tué et même comment je me suis débarrassée du corps ! Sais-tu ce que c’est que d’être accusée ainsi ? Je suis épuisée, je veux que cela s’arrête !

– Je ne suis pas venue t’accuser de l’avoir tué, juste comprendre ce qui a pu se… non en réalité, je veux juste savoir comment tu vas. Est-ce que tu tu arrives à vivre correctement, à t’en sortir ?

– Non, m’interrompit-elle, je ne m’en sors pas et non, ça va ne pas. Laisse-moi à présent !

Je la laisse alors. La suite des évènements me fait comprendre qu’elle a finalement réussi à trouver les ressources nécessaires pour se battre et se faire une place dans l’île, non sans ruse…

Brigitte BELLON parvient en effet à négocier un nouveau mariage avec les autorités locales. Elle s’engage à quitter Bourbon pour l’île Rodrigues si on la laisse se remarier avec son amant Alexis Lauret, le père de trois de ses enfants nés entre juillet 1720 et juin 1725. Le Conseil de l’île autorise Brigitte et Alexis à se marier mais leur donne l’ordre d’embarquer sur une corvette appelée La Ressource. L’objectif pour le Gouverneur de Bourbon est de prendre possession de l’île Rodrigues et d’y installer des colons. On se débarrasserait ainsi de Brigitte, une pierre deux coups…

corvette

Mais Brigitte ne tient pas promesse. Après avoir reçu l’injonction d’embarquer pour Rodrigues, elle s’enfuit dans les bois avec son mari Alexis. Ils resteront longtemps introuvables malgré le déploiement d’équipes de recherche et la promesse de récompenses. C’est donc sans eux que le bateau quitte Bourbon en septembre 1725.

Quelques temps plus tard, on ne sait pas exactement quand, Brigitte et Alexis réapparaissent et regagnent tranquillement leur domicile sans être poursuivis par qui que ce soit.

Brigitte mettra ensuite au monde trois nouveaux enfants entre 1727 et 1732 : Brigitte en 1727, Geneviève en 1729 et Jean-Baptiste Alexis en 1732.

Une vie ordinaire l’attend enfin… Peut-être !

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Sources :

 

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