familles béarnaises

L’histoire de la brosse

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Brosse à vêtement Maison J. BAYLAUCQ – Pau

Quoi de mieux pour commencer un blog que de raconter l’histoire d’une brosse à vêtement qui, comme chacun sait, trouve sa place dans une bibliothèque. Ce précieux que je me suis procurée sur le boncoin pour la modique somme de 6 euros, date du début du XXe siècle et reflète un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Ni les moins de 120.

Pour ceux qui l’ont connue à Pau, la maison Baylaucq a commencé son activité de commerce de tissus en 1882 pour définitivement fermer ses portes en 2001. Elle avait alors pignon sur rue Maréchal Joffre. L’épopée de la famille Baylaucq au XXe siècle mériterait d’ailleurs à elle seule un livre.

Les origines de ce commerce (et donc de la brosse) que je vais vous conter ne commencent pas avec les Baylaucq comme on pourrait le croire. Pas du tout. C’est la famille Gassion qui est à l’origine de l’avènement de la « Maison Baylaucq ». Attention, il ne s’agit pas des illustres Gassion du XVIIe siècle fort bien connus à Pau. Ce sont d’autres Gassion qui ont lancé cette affaire, moins connus ceux-là, mais qui mériteraient tout de même une bonne place dans l’histoire locale.

Au commencement était Pierre Gassion, né en 1808 à Arbus. Fils cadet d’un laboureur d’Arbus, il n’a alors que peu de chance d’hériter des terres de son père.

En 1822, le père de Pierre, alors très malade, couche son testament auprès du notaire Lasserre à Arbus. Comme de coutume dans les Pyrénées, l’aîné des fils est largement favorisé et hérite donc des terres, de la maison, de la grange.  Il doit par ailleurs veiller sur le reste de la famille : femme et enfants encore à charge. Les cadets sont priés de quitter la maison lorsqu’ils sont en âge ou en capacité de le faire.

Pierre Gassion le cadet se destine, semble-t-il à l’époque, à la prêtrise. Mais il finit par changer d’avis. Il quitte le village d’Arbus et devient professeur d’écriture à Pau. En 1836, il épouse une paloise, Catherine Doudet, la fille d’un négociant propulsé malgré lui quartier maître dans les guerres napoléoniennes. Là aussi, l’histoire des Doudet nécessiterait aussi qu’on s’y attarde, mais peut-être dans un prochain article…

Pierre  Gassion et Catherine Doudet ont trois enfants : deux garçons prénommés Jean Baptiste Edouard et Mathieu Emile et une fille, Amélie. Les deux garçons mourront tous deux à l’âge de 21 ans. Mathieu Emile est dit « faible de constitution ».

Bien que sa carrière d’instituteur se déroule sous les meilleurs auspices et qu’il soit l’un des instituteurs les mieux rémunérés de la ville (900 francs et 3ème meilleur salaire du canton Pau est), Pierre Gassion arrête l’enseignement et se reconvertit dans la négoce de tissus.

En 1856, il ouvre un magasin au rez-de-chaussée de la maison Doudet, au 54 rue de la Préfecture, devenue aujourd’hui rue Maréchal Joffre. Il doit cependant faire face à un certain nombre de difficultés: en 1863, l’ensemble de sa famille se voit expropriée partiellement de la maison Doudet pour cause de travaux de voirie à la rue Bordenave d’Abère. La maison Doudet se situe en effet dans l’angle de la rue de la Préfecture et de la rue Bordenave d’Abère. Le nombre d’accidents déploré à cet endroit dépasse largement les statistiques et la mairie se décide finalement à entreprendre des travaux d’envergure en 1863. Mais en fait, dès 1849, il était déjà question dans les délibérations du conseil municipal de faire des travaux. Faute de budget, la mairie a dû attendre près de 15 ans.

Après l’expropriation, la famille perçoit des indemnités de dédommagement après un parcours administratif et judiciaire digne d’un feuilleton. Pierre rebondit vite et poursuit malgré tout son activité commerciale.

Quelques années plus tard, la fille de Pierre, Amélie, se marie avec un pharmacien, installé lui aussi au rez-de-chaussée de la maison Doudet-Gassion. Tout se passe bien, mais Pierre vieillit et il n’a plus de fils pour reprendre son affaire. Son gendre pharmacien ne semble pas particulièrement porté sur le textile. À la mort de Pierre en 1882, sa veuve Catherine alors âgée de 76 ans, n’a d’autre choix que de vendre le fonds de commerce Gassion.

Ce sont deux employés du commerce, Jacques Baylaucq et Pierre Arramonde qui se portent acquéreurs. Dans un premier temps, le maison se fait appeler Maison Baylaucq-Gassion, peut-être pour continuer à perpétuer un peu la mémoire de Pierre mais plus sûrement pour bénéficier encore de l’image de marque de la maison Gassion d’antan.

Trois ans plus tard, en 1885, Pierre Arramonde décède et sa mère revend ses parts à Jacques Baylaucq qui devient alors l’unique propriétaire du commerce. Ainsi est née la maison Baylaucq  ! Le magasin déménage en 1913 à l’angle de la rue Préfecture et de la rue Gassion.

La fameuse brosse à vêtement quant à elle, a dû été fabriquée après la 1ère Guerre Mondiale. La rue Maréchal Joffre remplace en effet la rue Préfecture au lendemain du conflit.

 

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8 réponses »

  1. Je rencontre votre Blog fort instructif. J’ai particulièrement examiné l’histoire de la Brosse. Malheureusement je ne détiens même pas un exemplaire de cet objet publicitaire distribué par mon Gd Père; je suis heureux que vous en déteniez un. Je vous signale qu’il s’agit de « JAUDET » et non Doudet. Je m’étonne que vous annonciez un dessous de table de 40.000 Frs, il me serait agréable de connaitre vos sources à ce sujet. Ayant percé le caractère de mon Gd Père (et surtout de son épouse) je ne le vois pas payer un ‘dessous de table’… Les livres de compte que j’ai eu sous les yeux ne me me paraissent pas permettre de détourner une telle somme du Chiffre d’Affaires. Si cela peut vous aider j’ai non seulement écrit l’Histoire de la famille Baylaucq et de leurs ancêtres (qui frappaient la Monnaie à Pau…) mais aussi l’Histoire du magasin, après avoir acheté le fonds de commerce pour 61500 F la marchandise fut payée pour 60500 F par les deux jeunes vendeurs après le décès de Monsieur Gassion. Voici quelques lignes des dépenses de première installation par les deux camarades:
    Dés leur installation, les premières dépenses des deux nouveaux commerçants furent:
    L’enregistrement de l’acte de société 100,00 fr.
    L’inscription au greffe du tribunal de commerce 19,20 fr.
    Les frais d’acte de vente 1375,95 fr.
    L’assurance incendie 102,20 fr.
    L’installation du gaz d’éclairage 221,45 fr.
    L’achat d’un coffre-fort chez Etcheberry 300,00 fr.
    L’achat de 4 chaises à Mr Leroy 19,00 fr.
    L’achat d’un fusil chez Lissonde 130,00 fr.

    Pourquoi un fusil ? Les rues n’étaient-elles pas sûres ? alors que ni l’un ni l’autre n’étaient « chasseur »

    J’attends avec impatience vos explications concernant le « dessous de table »

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    • Bonjour,
      Je vous remercie pour votre réponse et vos éclaircissements.
      Concernant les patronymes Jaudet/Doudet, il s’agit bien de la maison Doudet à l’origine (nom de jeune fille de l’épouse de P. Gassion). La maison appartenait aux parents de l’épouse : maison Doudet qui devient maison Gassion. Une de leur fille a ensuite épousé M. Jaudet pharmacien.
      Concernant l’inventaire, en fait j’ignore si le terme « dessous de table » est vraiment approprié mais d’après les recherches que j’ai pu faire aux AD, il y a eu deux inventaires de réalisés : 61 500€ devant notaire et un second d’un peu plus de 101 000F avec versements de cette somme en 3 fois . Je peux l’enlever si mes recherches ne sont pas exactes ou si le terme ne convient pas, je ne voulais pas vous heurter. Mes recherches portaient essentiellement sur l’histoire de cette famille Gassion d’Arbus qui finit par s’installer à Pau et j’ai été très surprise de découvrir le destin de leur commerce.

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      • Connaissez vous les dates de ces inventaires.?
        Je crois que l’inventaire de 101000 pourrait être celui de la passation du commerce après le décés de Pierre Arramonde. La surface du magasin avait été doublée à la même adresse.

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      • De mémoire, l’inventaire des 101 000 était mentionné dans l’état de situation fait à la reprise du magasin en 1882. Merci pour tous les documents que vous avez déposés et qui m’ont été précieux pour retracer en partie l’histoire des Gassion ! 🙂

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