#ChallengeAZ Les plumes de la Grande Guerre : P comme Pergaud

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Pour la lettre P, il aurait été logique sans doute de choisir le grand écrivain et poète Charles Péguy, mort au champ d’honneur le 5 septembre 1914 à Villeroy en Seine-et-Marne.

Mais mon petit doigt m’a dit que les s’y intéressaient de près en ce moment ! 😉 Alors je vais plutôt mettre un coup de projecteur sur un jeune instituteur originaire du Doubs, Louis Pergaud, auteur notamment du roman populaire La Guerre des boutons.

Les origines

Louis Pergaud naît le 22 janvier 1882 à Belmont (Doubs) de Victor Henri Irénée Élie Pergaud, instituteur, et de Marie-Noémie Collette, sans profession.

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Acte de naissance de Louis Pergaud. Source : Archives Départementales du Doubs, naissances 1873-1892, vue 20/51

Louis grandit avec son frère cadet Louis Lucien Julien Amédée (1883-1973) dans la maison d’école de leur père, celle-ci située à la rue Pasteur de Belmont est aujourd’hui aménagée en musée.

Au recensement de 1886 à Belmont, on retrouve bien la famille Pergaud au n°4 de la Grande rue, mais étrangement plus dans les recensements qui suivent, ceux de 1891 et de 1896.

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Recensement Pergaud en 1886 à Belmont. Source : http://recherche-archives.doubs.fr/ark:/25993/a011494341473yEaIiF

Ce qui laisse penser que la famille a déménagé dans ce court laps de temps. Et en effet, le père de Louis Pergaud doit quitter le village de Belmont en 1889 car la population rejette en bloc la nouvelle école laïque de la République. Il est d’abord muté à Nans-sous-Sainte-Anne puis à Guyans-Vennes en 1891.

L’enfance de Louis Pergaud reste donc campagnarde entre des parties de chasse et de pêche à la truite avec son père et son frère.

À 12 ans, il est reçu premier à son Certificat d’Études avec les félicitations du jury. Il intègre l’École de l’Arsenal à Besançon et se retrouve pensionnaire chez un ami de la famille.

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Le jeune Louis Pergaud

Les parents de Louis meurent tous les deux en 1900 à quelques mois d’intervalle à Fallerans, une commune du Doubs dans laquelle Elie Pergaud, le père de Louis, avait été (encore) muté trois ans plus tôt. À l’époque, la population française est fortement clivée au sujet de l’éducation laïque et les instituteurs deviennent rapidement des parias.

Au décès de ses parents, Louis qui est à peine âgé de 18 ans, est choqué et en proie aux idées les plus noires. Son frère et lui s’installent alors chez leur oncle à Belmont.

Louis reste cependant un excellent élève en cours et se destine au métier d’instituteur comme son père. Il prépare le concours d’entrée l’École Normale de Besançon et finit premier.

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Après trois ans d’études, il obtient en 1901 un poste d’instituteur dans la commune de Durnes toujours dans le Doubs, où il ne restera qu’un an.

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Louis Pergaud à Durnes

C’est à cette période qu’il rencontre Marthe Justine Célinie Caffot (1879-1972), sa première femme. Âgée de 24 ans à l’époque de leur rencontre, elle est institutrice comme lui dans le village voisin de la Barèche. Ils se marient le 25 septembre 1903 à Belmont.

Mais les relations entre les époux sont conflictuelles et le drame qui survient l’année suivante n’arrangera pas les choses : la femme de Louis accouche d’une petite fille prénommée Gisèle Renée mais l’enfant décèdera moins de trois mois plus tard.

Les tensions s’accentuent dans le couple à cause de l’installation du poète Léon Deubel (1873-1913) dans la maison Pergaud. Alors que Louis est ravi et stimulé par l’érudition de Léon Deubel, Marthe, elle, accepte difficilement sa présence.

C’est malgré tout avec l’aide Léon Deubel que Louis Pergaud publie son premier recueil de poésies en 1904 : L’aube.

L’instituteur n’est pas non plus très serein professionnellement à Durnes. La population, toujours profondément catholique, est très méfiante vis-à-vis de l’école républicaine. N’y tenant plus, Louis doit d’ailleurs quitter son poste de Durnes pour en prendre un nouveau dans la commune de Landresse.

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Classe de Louis Pergaud (debout à gauche) à Landresse (1906). Source : https://www.estrepublicain.fr/doubs/2012/11/25/souvenir-de-louis-pergaud-instituteur

Mais les choses ne s’arrangent guère car à Landresse comme ailleurs, les querelles se multiplient sur l’éducation et Louis Pergaud comme son père autrefois, en sera la première victime. Il faut dire que Louis Pergaud est socialiste et athée, il refuse d’assister à la messe, ce qui suscite l’ire des habitants.

Par ailleurs et alors qu’il est toujours marié, il noue une relation avec la fille du cafetier, Delphine Duboz (1882-1963). Mal vu et rejeté par une partie des villageois, Louis Pergaud finit par quitter la région et son épouse Marthe Caffot pour rejoindre Léon Deubel à Paris en 1907. Delphine Duboz le suivra dans la capitale.

Une procédure de divorce est alors engagée entre Louis et Marthe. Le divorce sera prononcé en 1908 en faveur de l’épouse. Le mari a en effet abandonné le domicile conjugal. Outre son infidélité, lui sont également reprochés des insultes et des sévices à l’encontre de son épouse…

Les succès littéraires

Une fois à Paris, Louis trouve un emploi à la Compagnie des Eaux puis comme instituteur à Arcueil et à Maison-Alfort. Il consacre tout son temps libre à l’écriture. En 1910, il public au Mercure de France un recueil de nouvelles sur les animaux intitulé De Goupil à Margot qui obtient le Prix Goncourt.

La même année, il épouse Delphine Duboz à Paris avec pour témoin son ami poète, Léon Deubel, qui était déjà son témoin lors de son premier mariage avec Marthe Caffot en 1903.

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Louis Pergaud et Delphine Duboz

En 1912 paraît son roman le plus célèbre La guerre des boutons tout droit inspiré de son enfance dans la campagne franc-comtoise. Le livre connaîtra le succès au cours des décennies qui suivront, il compte pas moins de cinq adaptations cinématographiques.

Un nouveau roman paraît en 1913 Le Roman de Miraut, chien de chasse.

Il perd la même année son ami Léon Deubel qui se suicide dans la Marne. Il en sera profondément marqué, Léon Deubel est considéré comme l’un des derniers poètes maudits français.

Juste avant que la guerre n’éclate, Louis Pergaud remet à son éditeur un recueil de nouvelles : Les rustiques.

La Guerre

Au mois d’août 1914, comme de très nombreux concitoyens, il est mobilisé. Il est incorporé au 166e Régiment d’Infanterie et envoyé au front. Il est promu adjudant en février 1915 puis sous-lieutenant de réserve un mois plus tard.

Lui qui était connu pour son antimilitarisme, devient belliqueux. Son ami Paul Léautaud dit avoir reçu une lettre de Louis dans laquelle ce dernier écrit :

Je ne donnerais pas ma place pour je ne sais quoi. On tire du « Boche » comme du lapin.

Cet état de grâce qu’ont connu beaucoup de poilus au début de la guerre ne durera pas bien longtemps chez Louis, la réalité des tranchées le ramènera rapidement à son pacifisme d’avant-guerre et c’est ce que témoigneront les lettres adressées à son épouse Delphine Duboz.

Le 6 avril 1915, une attaque française est portée à Marchéville-en-Woëvre (Meuse) et Louis Pergaud est alors déclaré disparu.

L’hypothèse la plus probable est qu’il ait été blessé par balles puis secouru par des allemands. Il aurait été transporté dans un hôpital provisoire à Fresnes-en-Woëvre, qui aurait été ensuite détruit par l’armée française.

Son corps n’a jamais été retrouvé. La date de son décès a été fixée au 8 avril 1915.

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Louis Pergaud debout au centre de la photo en veste claire. Photo datée de la veille de sa disparition.
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Fiche de Louis Pergaud, mort pour la France. Source : Mémoire des hommes

Comme certains autres soldats écrivains, Louis Pergaud a consigné son expérience de la guerre dans des carnets qui ont été publiés relativement récemment, en 2011.

Dans une dernière lettre datée du 7 avril 1915 à sa femme Delphine, Louis écrit :

À demain, ma chérie, je te prends dans mes bras et je t’embrasse de toute mon âme, de toutes mes forces et de tout mon cœur.

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Sources :

https://archives.doubs.fr

https://www.besac.com

http://pergaudlouis.free.fr

http://lesfilmsdulieudit.fr/portfolio/de-nos-jours-a-pergaud/

http://verdun-meuse.fr/index.php?qs=fr/acteurs/les-amis-de-louis-pergaud

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