#ChallengeAZ Les plumes de la Grande Guerre : S comme Segalen

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Victor Segalen est un écrivain à multiples facettes. À la fois médecin, romancier, poète, peintre, archéologue, ethnographe, sinologue, explorateur, il fait partie de ces auteurs qui se sont surtout fait connaître après leur mort.

Le 14 janvier 1878 naît Victor Joseph Ambroise Désiré Segalen de Victor Joseph, 28 ans, écrivain au commissariat de la Marine et de Marie Ambroisine Lalance, 26 ans, sans profession. Il paraît à l’aube de la huitième année de mariage de ses parents, l’histoire familiale raconte que la mère a fait quatre fausses couches avant sa naissance.

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Acte de naissance de Victor Segalen le 14 janvier 1878 à Brest. Source : https://archives.mairie-brest.fr Brest centre, cote : 1E179, vue 13/180.

Une petite sœur Jeanne, née en 1883, complète la famille Segalen.

Victor grandit dans un milieu très catholique, couvé par une mère autoritaire et protectrice. Elle ira même jusqu’ à lui interdire de jouer avec les autres enfants en prenant comme prétexte sa santé fragile. C’est donc peut-être cette ambiance familiale pesante qui nourrit très tôt son imaginaire et ses rêves d’ailleurs.

La musique tient une place prépondérante dans son enfance et son adolescence, il est très bon musicien et joue de plusieurs instruments.

Sa scolarité se déroule d’abord au collège des Jésuites Notre-Dame de Bon Secours puis furtivement au collège de Lesneven et enfin au lycée de Brest où il étudie la philosophie. Après un premier échec en 1893, il obtient brillamment son baccalauréat en 1894.

Puis, Victor s’inscrit à la Faculté de Rennes, sa mère aurait voulut qu’il poursuive des études de pharmacie, mais son choix se porte sur la médecine. En effet, son souhait le plus cher était de devenir officier de marine, mais en raison de sa myopie, il doit y renoncer. Il envisage alors une carrière de médecin de la Marine. Sa mère et sa sœur le suivent à Rennes.

En 1897, il prépare le concours d’entrée à l’École de Santé Navale de Bordeaux mais il échoue. Il retourne donc à Brest pour préparer à nouveau son concours pendant un an. La deuxième tentative sera la bonne, il réussit enfin le concours et s’installe à Bordeaux en 1898.

Cette inscription à l’École Navale de Santé vaut engagement dans l’armée et sur sa fiche matricule est portée la mention « Engagé volontaire ».

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Extrait du registre militaire du bureau de Brest, Victor Segalen, classe 1898. Source : Archives Départementales du Finistère, cote : 1 R 1213, vue 572/715

C’est à cette période qu’il connaît ses premières crises nerveuses jusqu’à tomber dans une grave dépression. Ces troubles sont accentués par l’omniprésence de sa mère qui vient contrarier toutes ses histoires amoureuses à l’époque.

Il retourne à ses études une fois remis de ses problèmes de santé et commence à fréquenter les personnalités du monde médical et des milieux littéraires bordelais et parisien.

C’est au cours de ses études bordelaises qu’il découvre l’opium, ce qui ne sera pas sans conséquence sur ses futurs problèmes nerveux.

Après sa thèse sur L’Observation médicale chez les écrivains naturalistes, Victor Segalen entreprend de voyager. Il embarque pour Tahiti, passe par New York où il tombe malade (fièvre typhoïde) et part en convalescence à San Francisco.

En 1903, il arrive à Tahiti et découvre Paul Gauguin qui meurt la même année. Il entreprend l’écriture de Gauguin dans son dernier décor qui sera publié l’année suivante au Mercure de France.

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Victor Segalen à Tahiti (1903)

Il commence également à écrire Les Immémoriaux, un véritable document sur les Maoris qui perdent petit à petit leurs savoirs ancestraux et leur culture traditionnelle en adoptant le christianisme et le mode de vie occidentale.

Une femme comparut la première, et fut accusée de « Fornication ». Elle ne parut point comprendre ce que les juges entendaient par là. Car le mot, comme tant d’autres, était piritané d’origine. Noté lui expliqua, non sans réticence et ennui, qu’on désignait ainsi, pour une femme, l’acte de dormir auprès d’un homme, et, pour un homme, l’acte de dormir auprès d’une femme. Elle rit alors, à pleines dents : si le mot lui avait paru neuf, la chose elle même était assez familière. Et toute la foule rit avec elle : Pourquoi donc inventer de tels mots extravagants, pour signifier une si ordinaire aventure ? Les noms maori ne manquaient point là-dessus, et renseignaient davantage ! Les Immémoriaux, Victor Segalen

Puis en 1905, il décide de rentrer en France. Sur le trajet du retour, il fait escale à Djibouti et recueille des témoignages sur la vie d’Arthur Rimbaud décédé une dizaine d’années plus tôt, une façon de préparer Le double Rimbaud qui paraîtra au Mercure de France en 1906.

De retour à Brest, il rencontre Yvonne Hébert, une fille de médecin et lui fait sa demande en mariage.

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Acte de mariage de Victor Segalen et d’Yvonne Hébert le 2 juin 1905. Source : https://archives.mairie-brest.fr, Mariages Brest centre, cote 2E117, acte n°223, vue 113/196
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Yvonne Hébert (1905). Source : https://commons.wikimedia.org

Le couple Segalen s’installe au 63 rue d’Aiguillon à Brest.

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Extrait des recensements de Brest de 1906. Source : AD Finistère / Filae

Leur premier enfant voir le jour à Brest le 15 avril 1906, il se prénomme Yvon.

À la même époque, Victor Segalen fait paraître Dans un monde sonore et Les Immémoriaux sous le pseudonyme de Max-Anély.

Il a toujours des velléités de voyage et décide de prendre des cours de chinois en vue d’obtenir une affectation en Extrême-Orient. Il l’obtient et embarque pour Pékin en 1909 sous le grade de médecin 1ère classe dans la marine.

Au cours des années qui suivent, il poursuit son activité de médecin, mais il écrit toujours et se lance également dans des expéditions archéologiques à travers la Chine.

Yvonne Segalen accouche d’une petite Annie le 6 août 1912 à Tientsin. Un an plus tard, le 1er novembre 1913, Victor et Yvonne accueillent un troisième enfant qu’ils appelleront Ronan.

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Victor Segalen à droite, Chengdu, Chine (1913). Source : https://commons.wikimedia.org

La guerre

Alors que Victor Segalen est en pleine expédition au cours de laquelle il fera d’ailleurs des découvertes archéologiques importantes, il apprend que la France entre en guerre contre l’Allemagne. Il embarque immédiatement à Saïgon sur le Paul Lecat, paquebot des messageries maritime, pour regagner la France.

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Le paquebot Paul Lecat. Source : http://www.messageries-maritimes.org

D’abord affecté à l’hôpital de Rochefort, il officie ensuite à l’hôpital maritime de Brest puis demande à être envoyé au front en tant que médecin d’une brigade de fusiliers-marins à Dixmude (Belgique). Mais de nouveaux problèmes de santé exigent qu’il retourne à l’arrière en 1915, il souffre de gastrite et part en convalescence à Rouen quelques temps.

Il reprend du service à Brest sur des tâches administratives, il devient Directeur adjoint de l’hôpital militaire en 1916.

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Victor Segalen au centre (1916). À gauche Gilbert de Voisins, écrivain et essayiste français qui l’a accompagné en Chine pour une mission archéologique quelques années plus tôt.

En 1917, il quitte de nouveau la France pour la Chine où on lui confie la mission d’examiner des volontaires chinois destinés à travailler dans des usines d’armement françaises. Parallèlement à ses activités médicales, il poursuit ses recherches archéologiques pendant 15 mois.

Il revient en France en 1918 où il se spécialise en dermatologie et en vénérologie afin de combattre l’épidémie de grippe espagnole qui ravage le pays. Mais Victor Segalen qui travaille sans ménagement à l’hôpital et sur ses manuscrits, est de plus en plus en proie à des épisodes dépressifs. Les crises se multiplient, l’épuisement le guette. « Burn-out » ? Dépression ?

Il est en tout cas hospitalisé en psychiatrie pour « neurasthénie » et se met en congés maladie pendant plusieurs mois en début d’année 1919. Sa convalescence se fait à Huelgoat, une petite commune du Finistère où un beau jour, lors d’une promenade, il disparaît.

Nous sommes le 21 mai 1919, son épouse le cherche partout.

Il est retrouvé mort deux jours plus tard, le pied entaillé avec un garrot mal réalisé autour de la cheville. L’hypothèse du suicide masqué par cette blessure qu’il se serait infligée, est encore envisagée aujourd’hui.

Victor Segalen sera déclaré Mort pour la France en 1934.

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Acte de décès de Victor Segalen. Source : Archives Département du Finistère, Registre des décès de Hualgoat, 1919, cote : 3E98/41/16 vue 6/11.
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Fiche de Victor Segalen dans la base des morts pour la France. Source : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

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Sources :

https://archives.mairie-brest.fr

http://mnesys-portail.archives-finistere.fr

http://www.maremurex.net/segalen.html

https://www.victorsegalen.org/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Segalen

Biographie :

Victor Segalen par Claude Courtot (1939-2018)

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