#ChallengeAZ Les plumes de la Grande Guerre : X comme… XX

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Aujourd’hui, nous allons enfin nous intéresser à une femme dans ce #ChallengeAZ et quelle femme ! Il s’agit de Marie Curie.

Marie Curie n’est pas écrivain certes, mais elle a publié un certain nombre d’ouvrages au début du XXe siècle dont le sujet porte essentiellement sur la radioactivité. Ce que l’on sait moins, c’est qu’elle est également l’auteur (et toujours pas « l’auteure ») d’un livre important intitulé La radiologie et la guerre, inspiré directement de son expérience de terrain avec les blessés de la Première Guerre mondiale.

Le texte original est désormais librement disponible sur Gallica.

 

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La Radiologie et la Guerre par Marie Curie (1921)

Origines

Marie Curie est née à Varsovie en Pologne le 7 novembre 1867 sous le nom de Maria Salomea Sklodowska d’un père professeur de mathématiques et de physique et d’une mère institutrice puis directrice de l’une des meilleurs écoles de filles de Varsovie. Les parents eux-mêmes sont issus de familles polonaises instruites et polyglottes.

Elle est la quatrième d’une fratrie de cinq enfants : Zofia, Bronislawa dite Bronia, Helena, Maria (Marie donc) et Józef.

 

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Les enfants Sklodowska en Pologne (Marie au centre). Source : http://benue.info/madame-curie-family-b2e71e87cf/

 

Peu de temps après la naissance de Marie, son père est nommé adjoint du lycée public où il enseigne et toute la famille déménage dans un logement de fonction de l’établissement. La mère quitte son poste pour donner cours à leurs enfants. Ils sont tous très brillants, mais elle remarque très vite que Marie est dotée d’une mémoire exceptionnelle pour son âge.

Suivront quelques années très difficiles pour toute la famille : la mère est malade, elle souffre en effet de tuberculose depuis plusieurs années et le père perd son emploi de directeur adjoint en raison d’une mésentente avec le directeur russe du lycée. Il décide d’ouvrir un pensionnat où il loge sa famille.

Peu après, Marie Curie perd successivement sa sœur Zofia qui meurt brutalement du typhus en 1876 et sa mère qui succombe à la tuberculose en 1878.

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Marie Curie (1883)

 

Le père prend le relai dans l’instruction des enfants et leur fait lire chaque soir les plus grands classiques de la littérature. Grand partisan de l’égalité des sexes, il aura une influence considérable sur les futures carrières de ses filles.

La scolarité de Marie se déroule à Varsovie, d’abord dans une école privée puis dans un lycée public où elle obtient avec brio son diplôme de fin d’études secondaires en 1883. Elle est alors âgée de 16 ans.

 

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Les trois sœurs Maria, Bronislawa (Bronia) et Helena avec leur père. Source : http://benue.info/madame-curie-family-b2e71e87cf/

 

Comme les femmes ne sont pas autorisées à suivre des études supérieures en Pologne à cette époque, Marie rejoint l’Université Volante, une université clandestine qui propose d’éduquer la population polonaise et de l’émanciper de la domination russe.

Bronia et Marie ont comme rêve commun de poursuivre des études scientifiques, elles décident donc de s’aider mutuellement.

De 1883 à 1886, Marie va donc travailler comme gouvernante dans une maison de la famille Zorawski à Szczuki, ce qui lui permet de faire quelques économies pour aider sa sœur Bronia partie faire ses études de médecine à Paris et pour se préparer elle-même à la rejoindre.

Une fois que Bronia obtient son doctorat en médecine, elle fait venir Marie à Paris où elle peut s’inscrire en physique à la Faculté des Sciences de Paris, principale institution d’études scientifiques en France.

 

 

 

 

Marie est l’une des 7 étudiantes étrangères de la Faculté de Sciences de Paris. Elle obtient la Licence de physique en 1893 (major de promo !) et la Licence de mathématiques en 1894. La même année, elle fait la rencontre de Pierre Curie qui est alors chef des travaux en physique à l ‘École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris.

Ils se marient un an plus tard, le 26 juillet 1895 à Sceaux (Hauts-de-Seine).

 

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Pierre et Marie Curie le jour de leur mariage. Source : http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/curiemp.html

 

Au cours de la première année de mariage, Marie prépare à l’agrégation de mathématiques, elle finit première mais au lieu de s’engager dans une carrière d’enseignante, elle décide de s’inscrire en thèse en axant ses recherches sur les rayons de Becquerel, produit par l’uranium.

Le 12 septembre 1897, le couple accueille une petite fille, Irène Curie et qui deviendra plus tard Irène Joliot-Curie (prix Nobel de chimie en 1935).

 

La consécration

Pierre Curie délaisse ses propres travaux pour rejoindre les études de Marie sur la radioactivité. Cette même-année, Marie curie annonce donc la découverte du Polonium (qui vient du nom de son pays d’origine la Pologne), 400 fois plus radioactif que l’uranium, puis le radium 900 fois plus actif que l’uranium.

En 1903, elle soutient sa thèse intitulée Recherches sur les substances radioactives et obtient la mention très honorable.

 

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Recherches sur les substances radioactives, thèse de Marie Curie. Source : https://www.lactualitechimique.org/Sur-la-these-de-doctorat-de-Marie-Curie

 

Quelques mois plus tard, Pierre et Marie Curie obtiennent le prix Nobel de physique. Marie Curie est la première femme de l’Histoire à recevoir un prix Nobel.

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Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire de fortune à l’École municipale de physique et de chimie industrielles.

 

Le couple se fait connaître auprès des scientifiques bien entendu mais surtout auprès du grand public. Leur situation professionnelle également change : Pierre obtient un poste de professeur titulaire d’une nouvelle chaire de physique à la Faculté de Sciences de Paris et Marie, celui de chef de travaux de cette chaire.

Le 6 décembre 1903 naît une seconde fille prénommée Ève.

 

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Marie Curie et ses deux filles Irène et Ève. Source : http://mariecurietpe.unblog.fr/

 

Trois ans plus tard, Pierre décède brutalement dans un accident de voiture à cheval et Marie qui est pourtant profondément affectée par cette perte, décide de poursuivre les travaux. Elle est à l’époque la première femme dans bien des secteurs jusqu’ici réservé exclusivement aux hommes : première femme à devenir Directrice d’un laboratoire universitaire et première femme Professeur à la Sorbonne.

Elle publie le traité sur la radioactivité en 1910 et participe l’année suivante au Congrès Solvay qui réunit d’imminents scientifiques du monde entier.

 

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La conférence Solvay de 1911. Assis de gauche à droite : Walther Nernst, Marcel Brillouin, Ernest Solvay, Hendrik Lorentz, Emil Warburg, Jean Baptiste Perrin, Wilhelm Wien, Marie Curie, et Henri Poincaré. Debout de gauche à droite : Robert Goldschmidt, Max Planck, Heinrich Rubens, Arnold Sommerfeld, Frederick Lindemann, Maurice de Broglie, Martin Knudsen, Friedrich Hasenöhrl, Georges Hostelet, Edouard Herzen, James Hopwood Jeans, Ernest Rutherford, Heike Kamerlingh Onnes, Albert Einstein et Paul Langevin.

 

En 1911, Marie Curie obtient un deuxième prix Nobel, celui de Chimie, pour la découverte et l’étude de propriétés du polonium et du radium.

Svante Arrhenius, le secrétaire du Comité Nobel, lui demande de renoncer à ce prix en raison du scandale qu’à déclenché en France la relation de Marie Curie et de Paul Langevin, ancien étudiant de Pierre Curie et à l’époque marié.

Marie Curie refuse de renoncer et se rend à Stockholm dans la plus grande dignité pour recevoir son prix. Elle est la première personne à recevoir deux prix Nobel.

L’Institut Radium est ouvert juste avant que la guerre n’éclate en 1914, Marie Curie y dirige le laboratoire de physique et de chimie.

 

L’engagement dans la Grande Guerre

Au déclenchement de la guerre, Marie Curie se mobilise au côté de la Croix-rouge pour créer des unités chirurgicales mobiles baptisées « ambulances radiologiques » ou « petite curies ». Ce sont des automobiles capables de se rendre au plus près des champs de batailles afin de prendre en charge des blessés. Des radiographies peuvent être effectuées sur place, ce qui permet de localiser précisément les balles et les éclats d’obus dans le corps des blessés.

Dans le même temps, Marie Curie transforme l’Institut Radium en école de radiologie qui formera de nombreuses aides-radiologistes. Elle sera également à l’origine de l’équipement des hôpitaux militaires en postes de radiologie.

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Marie Curie, 2ème en partant de la droite,  à l’hôpital de Hesdin (Pas-de-Calais) en janvier 1915. Source : http://www.lavoixdunord.fr/261000/article/2017-11-12/quand-marie-curie-soignait-des-blesses-de-la-grande-guerre-hesdin

 

Le permis en poche, Marie Curie peut dès 1916 se rendre directement sur le front pour faire des radiographies immédiates, ce qui a contribué à sauver un nombre de soldats blessés au cours de la Première Guerre mondiale.

 

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Marie Curie au volant d’une Renault radiologique ou « Petite Curie ». Source : http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/curiemp.html

 

La radiologie et particulièrement la radiologie de guerre connaît un essor considérablement grâce à Marie Curie.

Après la guerre, elle reprend son travail à l’Institut Radium assistée de sa fille Irène Curie. L’Institut accueillera dès lors un grand nombre de femmes scientifiques françaises et étrangères.

En 1921, Marie fera une description détaillée de l’apport de la radiologie pendant le conflit dans son livre La Radiologie et la Guerre.

Au cours des années qui suivent, Marie Curie travaille encore activement au développement du radium et voyage un peu partout dans le monde, mais surtout aux États-Unis qui lui font un très bon accueil mais aussi des dons exceptionnels, dont un gramme de radium qu’elle lèguera à l’Université de Varsovie.

 

À la fin des années 20, Marie Curie tombe gravement malade à cause de son exposition à la radioactivité. Atteinte de leucémie, elle s’éteint le 4 juillet 1934 dans un sanatorium à Passy (Haute-Savoie).

Sa fille Irène poursuivra avec son mari Frédéric Joliot sans relâche les travaux sur la radioactivité dans le même laboratoire que sa mère.

Marie Curie, d’abord enterrée à Sceaux, sera transférée avec son mari au Panthéon en 1995.

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Sources :

https://gallica.bnf.fr/

http://centenaire.org/fr/espace-scientifique/societe/1-marie-curie-la-radiologie-et-la-guerre

http://etienneklein.fr/marie-curie/

http://www.mariecurie-usa.org/

http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/curiemp.html

https://pologne.travel/fr/culture/musees-et-galeries/varsovie-%E2%80%93-sur-les-pas-de-marie-sklodowska-curie

https://www.liberation.fr/france/2017/12/26/dans-la-famille-curie-marie_1618989

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Curie

Quand Marie Curie soignait des blessés de la Grande Guerre à Hesdin par Philippe Lambert, la Voix du Nord Montreuil, 13 novembre 2017.

2 comments

  1. J’ai tant appris au cours de ce Challenge grâce à vos articles. Ça a du être difficile de trouver une femme qui a écrit ET eu un contact direct avec la guerre pour être fidèle à votre fil rouge pour ce Challenge. Donc c’est tout à votre honneur d’en avoir trouvé une. Maintenant que les femmes se battent au côté des hommes, ça serait plus facile, mais en 14-18, c’étai bien différent.

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