28 novembre 2022

R comme ROVINJ

Photo Rovinj
Rovinj, Croatie. Source : Wikimedia

Rovinj est une bien jolie petite ville croate d’environ 14 000 habitants située dans le Comitat d’Istrie, sur les bords de la Mer Adriatique.
Nous voilà en Croatie pour évoquer l’un de mes ascendants et pas des moindres : Marc VIDOT dit le Vénitien (1661-1704).
Pourquoi « Le Vénitien » ? Parce que pendant cinq siècles, la ville était en sous protection de Venise. On l’appelle même encore « la petite Venise croate ».

Marc VIDOT est arrivé à l’île Bourbon en 1681 sur l’un des plus grands et des plus célèbres navires de la Compagnie des Indes Orientales, le Soleil d’Orient.
« Soleil » fait référence au Roi Soleil et « Orient » est choisi tout simplement parce que ce bateau a été construit pour développer le commerce avec les pays d’Orient, surtout l’Inde et la Chine en passant bien entendu par les îles de l’Océan Indien.
Les habitants qui venaient voir régulièrement l’avancée du chantier l’appelaient tout simplement « l’Orient ». Ils disaient vouloir aller à « L’Orient ». C’est ainsi ce navire a fini par donner son nom à la ville de Lorient.

Maquette Soleil d'Orient
Source : Wikiwand

Maquette du Soleil d’Orient exposée au Musée de la Compagnie des Indes à Port-Louis (Morbihan)

Après plusieurs années de construction, le bateau quitte enfin son port d’attache pour la première fois en 1671, mais il n’effectuera en tout et pour tout que deux voyages vers l’orient.
Au retour du second voyage en 1681, le Soleil d’Orient jette l’ancre à l’île Bourbon pour un ravitaillement et pour faire débarquer mon ancêtre Marc VIDOT qui revenait des Indes. Pour y faire quoi ? Difficile de le savoir, mais bien lui en a pris de descendre à ce moment-là à Bourbon, car le Soleil d’Orient ne regagnera jamais Lorient. Quelques semaines plus tard, le navire disparaîtra effectivement au large de Madagascar. C’est encore aujourd’hui l’un des plus grands mystères de l’histoire de la navigation et on peut dire que Marc VIDOT l’a échappé belle.

Quelques années après son arrivée à Bourbon, Marc VIDOT épouse Marie ROYER, la fille d’Antoine ROYER, un maître chirurgien natif de Briançon, et de Françoise COUCARINE, une servante originaire de Madagascar.
Au mariage, l’épouse Marie ROYER est âgée d’environ 12 ans tandis que l’époux Marc VIDOT doit avoir 28 ans, du moins si l’acte de baptême ci-dessous, déniché par de biens courageux généalogistes réunionnais, est le sien.

Acte baptême VIDOT
Acte de baptême de Marc VIDOT le 16 avril 1661 à Rovinj. Source : Familysearch

Trois enfants naîtront de cette union : Antoine en 1690, Ignace en 1692 et Geneviève en 1695. Je descends à la fois d’Ignace ET de Geneviève.

Ensuite ?
Eh bien ensuite, les affaires tourneront au vinaigre pour Marc VIDOT qui sera condamné en 1697 aux galères pour avoir fomenté un complot contre un gouverneur de Bourbon, le tristement célèbre Henry HABERT de VAUBOULON (Chevalier de).
La mission confiée au gouverneur de VAUBOULON était au départ assez simple : remettre de l’ordre dans la petite colonie dont la gestion était jugée calamiteuse. Et on ne parle même pas des colons.
Cependant, les nouvelles règles instaurées par ce nouveau gouverneur déplaisent aux habitants dont VIDOT. Ils le font savoir haut et fort à qui veut l’entendre : au curé, aux représentants locaux de l’autorité, aux bateaux de la Compagnie qui passent par là. La règlementation de la chasse est, à titre d’exemple, largement contestée.

Après un épisode rocambolesque pendant une messe en 1690, de VAUBOULON est saisi vigoureusement par quelques habitants et emprisonné dans une geôle où il décède deux ans plus tard. Mort empoisonné ou pas empoisonné ? Nul ne le sait.
Le beau-père de Marc VIDOT, Antoine ROYER (oui mon ancêtre), sera soupçonné d’avoir administré un poison à de VAUBOULON. Sa qualité de maître chirurgien pèse lourd contre lui.

Cette affaire criminelle (on n’enferme pas le gouverneur, on ne prend pas le pouvoir dans la colonie bourbonnaise) et le procès retentissant qui s’ensuit en 1697, nous ont été admirablement contés par Chroniques de famille. Vraiment, je ne saurais quoi écrire de plus.
D’autres ancêtres sont condamnés en 1697, quelques-uns comme Jacques BARRIERE, Robert DUHAL, Julien ROBERT et donc Marc VIDOT meurent aux galères.

Acte décès VIDOT
Acte de décès de Marc VIDOT le 21 avril 1704 à l’hôpital des galères de Marseille. Source : Archives Geneanet

Restée à Bourbon, Anne ROYER élève les trois enfants de Marc VIDOT et les enfants naturels qu’elle a par la suite.
Lors du recensement de 1708, on la trouve installée à Sainte-Suzanne et il est indiqué en observations que son mari est aux galères. En vérité, il est mort depuis quatre ans déjà à Marseille, mais personne ne semble au courant à Bourbon, pas même Antoine BOUCHER dans ses Mémoires rédigés en 1709.

Feuille recensement 1708
Recensement de Marie ROYER en 1708. Source : Archives Départementales de la Réunion

Sont recensés en 1708 cinq enfants de Marie ROYER :

  1. Antoine VIDOT, 16 ans
  2. Geneviève VIDOT, 13 ans
  3. Jacques ROYER, fils naturel, 9 ans (le père est Jacques PITOU)
  4. Marie ROYER, fille naturelle, 3 ans
  5. Louise ROYER, fille naturelle, 6 mois

Les deux dernières filles seront reconnues par Pierre BOYER en 1715 lors de son mariage avec Marie ROYER. Si cette dernière est autorisée à se remarier, c’est qu’une information est enfin parvenue jusqu’à Bourbon : Marc VIDOT est mort.

Sources :

ANOM

https://www.soleil-d-orient.com

http://memoires-de-siam.net

https://musee.lorient.bzh/

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Jourdavant

Généalogiste amateur originaire de l'île de la Réunion

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6 réflexions sur « R comme ROVINJ »

  1. Bah tout pareil pour Lorient, je l’ignorais.
    Et dire que si Marc Vidot était resté à bord du Soleil d’Orient, tu n’aurais pas été là pour écrire son histoire.
    Mais aussi, combien de descendants n’auraient jamais vu le jour ?

    1. J’y ai pensé aussi, mais si on se mettait à imaginer ce qui aurait pu se passer avec des « si », ça nous empêcherait probablement de dormir 😉
      Merci de m’avoir lu et pour ton commentaire.

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